Trio berlinois

Matthias Glasner exploite dans La grâce le territoire nordique avec une fascination qui, à travers sa photographie glacée et son excellent travail sonore, illustre à la fois la beauté et l’aridité de son paysage d’hiver éternel.
Photo: Excentris Matthias Glasner exploite dans La grâce le territoire nordique avec une fascination qui, à travers sa photographie glacée et son excellent travail sonore, illustre à la fois la beauté et l’aridité de son paysage d’hiver éternel.

Cette semaine, trois films allemands viennent se poser sur les écrans d’Excentris en collaboration avec le Goethe-Institut. Le trio donne un bon aperçu du paysage du cinéma d’auteur contemporain au pays des Wenders et Fassbinder.

 

Barbara


Cristian Petzold, figure de proue de l’École de Berlin, a vu son statut consolidé par l’obtention l’année dernière à la Berlinale de l’Ours d’argent de la mise en scène pour Barbara, une oeuvre épurée et glacée en surface qui nous reporte dans la RDA de 1980.


Nina Hoss, une grande vedette en Allemagne, joue le rôle-titre, femme médecin de Berlin-Est destituée de ses fonctions et envoyée dans un hôpital de province près de la mer Baltique en guise de représailles pour avoir signifié son intention de passer à l’Ouest pour y rejoindre son amant.


Petzold tisse progressivement la toile de son quotidien, filmant de façon placide les gestes ordonnés qu’elle doit poser à l’hôpital, où son médecin chef s’intéresse un peu trop à elle, dans ses temps libres où elle se sent (avec raison) continuellement observée. Le film, d’une grande puissance sous son couvert placide, génère une tension croissante entre les événements extérieurs, rationnels, qui attachent l’héroïne à son nouveau lieu de vie, et les tourments intérieurs, intangibles, qui l’appellent outre-Mur. Le film, rigoureusement écrit et mis en scène, sur les thèmes de l’aliénation et de l’enfermement, avance ainsi, par micro-événements et petites touches, vers un dénouement sublime, à la fois ouvert et fermé.

 

Un week-end en famille


Après 30 années d’anesthésie psychique, Gitte (Corinna Harfouch), maniaco-dépressive, annonce à son mari et à ses deux fils adultes, réunis dans la maison familiale, qu’elle a cessé toute médication. Les faces tombent, chacun appréhendant la responsabilité d’avoir à s’occuper d’elle advenant une potentielle crise. La bombe à retardement explosera, mais pas comme prévu, dans ce qui d’abord ressemble à un téléfilm propret, pour subtilement se transformer en un Long Day’s Journey into Night doux-amer, insolite.


Hans-Christian Schmit, un cinéaste très en vogue à l’international (23, Requiem), présente des personnages de chair, d’os et de contradictions, qui avancent à l’aveugle vers un dénouement ouvert, à la symbolique d’un conte de fées. D’abord filmée avec une apesanteur insouciante, la mise en scène devient au fil du récit plus lourde, marquée par la force gravitationnelle, comme si le sevrage de la mère doublait littéralement le poids physique de chacun des membres de sa famille.

 

La grâce


Matthias Glasner (Fandango) exploite le territoire nordique avec une fascination qui, à travers sa photographie glacée et son excellent travail sonore, illustre à la fois la beauté et l’aridité de son paysage d’hiver éternel.


L’intrigue : la vie d’un couple allemand nouvellement établi dans un village norvégien situé tout près du cercle polaire bascule lorsque Madame, infirmière rentrant du travail à la noirceur, heurte mortellement une jeune fille. Le couple au bord de la rupture se ressoude autour de ce secret. Mais la tension initiale ne dure pas, parce que Glasner reste en surface des choses.


 

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