De l’ombre au grand écran

Le mot « prostituée » évoque immédiatement l’image d’une femme victime d’abus, souvent droguée, qui s’est retrouvée prise au piège de la rue. Il ne s’agit pas d’une idée reçue, loin de là, mais si l’on en croit les intervenantes du documentaire Les criminelles, cette perception ne s’applique pas pour autant à l’ensemble de la profession. Certaines travailleuses du sexe exerceraient ce métier par choix. Ce qu’elles réclament, c’est la décriminalisation de leur gagne-pain, et surtout la reconnaissance de leurs droits.


Selon la thèse soutenue par le documentaire, l’ennemi n’est pas le client, mais le Code criminel (d’où le titre), qui perpétuerait l’aveuglement volontaire et contraindrait les travailleuses du sexe à oeuvrer dans l’ombre, les plaçant du coup dans une position de vulnérabilité.


À l’écran, les participantes, dont plusieurs praticiennes, dénoncent vertement un certain féminisme qu’elles qualifient de victimisant et d’abolitionniste. Émilie Laliberté, directrice de l’organisme Stella qui prône le soutien, l’encadrement et le respect des droits des travailleuses du sexe, offre un plaidoyer convaincant, certain d’attiser un débat éminemment polarisé. D’ailleurs, tous les profits qu’engendrera le film iront à l’organisme.


Réalisé à la fortune du pot (9000 $) par Jean-Claude Lord (Bingo, Parlez-nous d’amour, Lance et compte), qui a tout financé faute d’appui autre que celui d’amis techniciens, Les criminelles souffre d’une facture boiteuse. Les interventions didactiques du cinéaste alourdissent inutilement le propos tandis que le recours à une comédienne pour donner chair au témoignage d’une jeune femme qui ne voulait pas s’adresser à la caméra ne fonctionne tout simplement pas à l’écran.


Cela, c’est la forme. Le fond, lui, bouscule bien des a priori, que l’on adhère ou non aux propos exprimés.


Pour le compte, l’excellent documentaire L’imposture, d’Ève Lamont, qui défend une vision opposée, constituerait le candidat idéal pour un programme double.

 

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