Vic + Flo ont vu un Ours d’argent


	Denis Côté s’est vu attribuer l’un des prix les plus importants du festival.
Photo: Agence France-Presse (photo) Gérard Julien
Denis Côté s’est vu attribuer l’un des prix les plus importants du festival.

Le rideau est tombé samedi soir sur la 63e Berlinale dirigée par Dieter Kosslick, et avec lui plusieurs très bonnes nouvelles. À commencer par l’octroi de l’Ours d’or au brillant Child’s Pose, du Roumain Calin Peter Netzer, sur une lionne de Bucarest déterminée à arracher son fils des griffes de la justice. Puis celui de l’Ours d’argent (prix Alfred Bauer) remis en main propre par le président du jury Wong Kar-wai à Denis Côté pour son Vic + Flo ont vu un ours, avec Pierrette Robitaille et Romane Bohringer formant un couple d’amantes atypique sur fond de vengeance dans le Québec rural.

« Wow, suis-je vraiment en face de Wong Kar-wai ? », s’est étonné Côté, à qui le réalisateur d’In the Mood for Love et 2046 a déclaré en lui remettant son prix : « Well done. » En conférence de presse peu de temps après la cérémonie, le cinéaste visiblement heureux a déclaré à une journaliste qui l’interrogeait sur son statut de « cinéaste de festivals », qui lui colle à la peau : « J’ai passé les dix dernières années de ma vie dans les festivals et je n’ai plus envie d’en avoir honte. Celui-ci a été vendu dans certains pays. Si ça se poursuit, tant mieux, mais je ne laisserai pas ma conscience me dicter de m’assagir ou d’aller rejoindre le grand public. De toute façon, je ne sais pas ce qu’est le grand public, mais je ne pense pas lui faire un pied de nez avec mon film », dit celui qui a accueilli son prix comme une invitation à poursuivre son chemin comme cinéaste libre.


Le prix Alfred Bauer récompense en effet un film qui « ouvre le cinéma sur de nouveaux horizons ». Il est le troisième en importance au palmarès, derrière l’Ours d’or et l’Ours d’argent du Grand Prix du jury, il devrait élargir l’horizon de Vic + Flo, vendu grâce à son bon accueil médiatique durant la Berlinale en France (UFO), au Portugal (Leopardo Filmes) et en Italie (Bolero Films).


Grand prix du jury à un film bosniaque

Le Grand prix du jury a été remis par le comité présidé par le Chinois Wong Kar-wai à An Episode in the Life of an Iron Picker, reconstitution par le Bosniaque Danis Tanovic d’un fait avéré d’inhumanité administrative où une mère rom contrainte de garder dans son ventre son enfant mort a dû dépendre du combat mené par son mari pour lui faire obtenir le traitement dont elle a besoin.


Celui-ci, joué avec coeur et candeur par le véritable mari en question, Nazif Mujić, a reçu le prix d’interprétation masculine, au nez des favoris Andrzej Chyra, très touchant dans In the Name of de la Polonaise Malgoska Szumowska (ignoré du jury), et Paul Rudd, crédible à contre-emploi dans Prince Avalanche. Le réalisateur de ce film, David Gordon Green, a cependant quitté la cérémonie avec dans les mains le prix de la mise en scène pour son tableau éthéré à la Ionesco centré sur deux ouvriers de la voirie.


Comme prévu, Paulina Garcia a reçu le prix d’interprétation féminine pour sa composition saisissante d’une professionnelle divorcée en quête de l’âme soeur dans Gloria. On espérait que ce film du Chilien Sebastian Lelio, récompensé par le Jury oecuménique, se hisserait plus haut au palmarès, puisqu’il est demeuré jusqu’à la fin le favori de la critique. Quoi qu’il en soit le prix à Garcia permettra au film, qui a fait l’objet d’une véritable enchère au marché et qui a été vendu aux États-Unis, de voyager et de se faire voir - comme l’a fait l’an dernier celui remis à Rachel Mwanza pour Rebelle.


Dans un geste éminemment politique, le jury a remis son prix du scénario à l’Iranien Jafar Panahi pour Rideau fermé, un exercice narratif aux symboles appuyés tourné dans la clandestinité par le cinéaste assigné à résidence. Ce prix possède l’avantage de mettre en lumière à l’international la situation du cinéaste et pourrait, qui sait, lui servir de bouclier contre les représailles du régime islamiste.


Enfin, le lauréat du prix de la meilleure contribution artistique (le directeur photo de Harmony Lessons, le Kazakh Aziz Zhambakiyev) semble avoir été difficile à déterminer puisque le jury a également attribué deux mentions spéciales, une à Promised Land, de Gus Van Sant, l’autre à Layla Fourie, de Pia Marais.


Au chapitre des oubliés, au sein d’une compétition officielle en dents de scie rappelons-le, A Long and Happy Life, du Russe Boris Khlebnikov, et Camille Claudel 1915, du Français Bruno Dumont, ont été ignorés par les jurés Susanne Bier, Andreas Dresen, Ellen Kuras, Shirin Neshat, Tim Robbins et Athina Rachel Tsangari, sous la présidence de Wong Kar-wai.


Autres prix


Dans un rare cas de synchronicité avec le jury officiel, celui de la presse internationale (FIPRESCI) a décerné son prix de la sélection officielle à Child’s Pose, après avoir remis hier celui réservé à la section Panorama à Inch’Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette.


In the Name of est reparti avec le Teddy Award du meilleur film remis à une oeuvre à thématique gaie (avec mention spéciale à Concussion, de l’Américaine Stacie Passon), tandis que Gloria remportait celui de la Guilde allemande des cinémas d’art et essai.


Dans un communiqué envoyé plus tôt samedi, la direction de la Berlinale se réjouissait d’avoir vendu 300 000 billets de cinéma, soit la quasi-totalité des places disponibles pour le grand public.

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