Bunker: (pas) le cirque

Le comédien Martin Dubreuil à l’entrée du bunker qui donne son titre au film de Patrick Boivin.
Photo: Productions Kinesis Le comédien Martin Dubreuil à l’entrée du bunker qui donne son titre au film de Patrick Boivin.

Tournage: un édifice commercial désaffecté, rue Chabot, à Montréal. À l’intérieur, on a maquillé les lieux en décor de cinéma. Un corridor en béton étroit, la porte d’un sas, et derrière, un espace exigu bas de plafond tout de métal et de ciment. Deux soldats y sont retranchés. La guerre froide a beau être terminée depuis près d’un quart de siècle, bientôt ils recevront l’ordre d’attaquer la Russie. Telle est la prémisse de Bunker, second long métrage au tout petit budget de Patrick Boivin, actuellement en tournage. Le Devoir l’a rencontré en compagnie de son scénariste Olivier Roberge.


Avec pareil titre, on s’attend d’office à un huis clos, ce que Bunker n’est qu’en partie. « L’idée du film m’est venue en lisant un article dans lequel on rapportait qu’un ancien agent du KGB faisait des tournées de sensibilisation aux États-Unis pour prévenir les gens que des bunkers équipés pour déclencher des attaques ou des ripostes nucléaires étaient toujours en fonction un peu partout sur le vaste territoire de l’ex-URSS », explique Olivier Roberge. Riche idée que le scénariste et son ami cinéaste décidèrent de transposer en sol québécois afin d’échafauder leur intrigue à peine uchronique.


« Le volet huis clos n’occupe que le tiers de l’histoire, précise Patrick Boivin. Mais c’est certain que ça fournit un contexte idéal pour un drame humain. Tremblay et Gagnon, les deux soldats, passent six mois ensemble. Ils sont très différents. Ça prête flanc à des tensions, puis à un apprivoisement. » Bref, ici, contraintes spatiales riment avec possibilités dramatiques. Et avec un budget de 300 000 $ à sa disposition, on a intérêt à se montrer ingénieux sur le plan narratif.


« On a eu de l’aide de Téléfilm, mais ce qui a fait la différence, c’est l’investissement de Films Séville », révèle Patrick Boivin. Sans entrer dans les détails comptables, le distributeur a injecté un montant suffisamment important pour que la production démarre. En gros, Films Séville court un risque parce qu’il a foi dans le projet.

 

Le clan des Québécois


Si Bunker a pu être monté, c’est également beaucoup grâce au dévouement et à la solidarité de l’équipe, qui sera payée en différé. Une fort belle équipe, au demeurant. En effet, devant la caméra s’affrontent les excellents Martin Dubreuil (Les 7 jours du talion) et Patrice Robitaille (Un été sans point ni coup sûr), tandis qu’en coulisses, le surdoué Steve Asselin assure la direction photo. On est d’ailleurs impatient de voir comment ce dernier a relevé le défi de l’exiguïté, lui qui a magnifié les grands espaces québécois chez Francis Leclerc (Mémoires affectives) et Robin Aubert (À l’origine d’un cri). À noter qu’exception faite de Martin Dubreuil, tout ce beau monde vient de la région de la Capitale-Nationale.


Le tournage de Bunker se poursuivra encore une semaine, après quoi Patrick Boivin sera le protagoniste de son propre huis clos en s’enfermant dans sa salle de montage. En avril, une ultime journée de tournage printanier l’en arrachera. Une sortie à l’automne 2013 est envisagée, à moins bien sûr que quelque festival de film vienne brouiller les cartes.


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Qui est Patrick Boivin?

Bédéiste, cinéaste d’animation autodidacte et réalisateur de la série Philactère Cola, Patrick Boivin a fait parler de lui en 2012 grâce à la popularité fulgurante d’une série de brillants courts métrages hébergés par le site YouTube, dont Dragon Baby.

Avec une invention folle et une maîtrise technique étourdissante, le film visionné plus de 25 millions de fois transforme un poupon en redoutable karatéka. Parodie tout aussi savoureuse, Iron Baby reprend la bande- annonce d’Iron Man avec un bébé dans le rôle-titre.

Également destiné à YouTube, le premier long métrage de Patrick Boivin (encore scénarisé par Olivier Roberge), Enfin l’automne, a été vu près de 70 000 fois. Depuis, la formation Indochine et le chanteur Iggy Pop l’ont embauché pour réaliser des vidéoclips. Au rayon de la publicité, LG, Lego, Nike et Google ont également frappé à sa porte.

 




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