Cinéma québécois : un tir à ajuster

Le 29 janvier dernier, le président de la SODEC, François Macerola, avait convoqué une vingtaine de membres de l’industrie du cinéma : scénaristes, réalisateurs, producteurs, distributeurs, exploitants de salles, acteurs-vedettes, etc. But de l’exercice : réfléchir sur le cru 2012, qui n’a guère rejoint son public (moins de 5 % de parts de marché en salle), et trouver des mesures pour s’ajuster aux nouveaux paramètres de l’industrie, pour intéresser les Québécois à leurs films, etc.

« Avec l’année 2012, un feu jaune ou orange s’est allumé, explique François Macerola. Bien sûr, plusieurs de nos films ont rayonné à l’international, mais il faut également rejoindre notre public. En 2013, l’offre sera plus diversifiée, mais on est en train de perdre les jeunes, qui ne se déplacent en salle que pour les grosses productions internationales. La donne a changé. »


Il pense à créer une agence de promotion du cinéma québécois, Cinéma plus. « On veut faire des 30 secondes pour annoncer les films qui s’en viennent avec tel acteur en vedette, en étant très présents sur les médias interactifs, comme dans les médias traditionnels, télévision, etc. », explique-t-il.


La SODEC veut également pousser la décentralisation de notre cinéma dans les régions, qui devraient être mieux servies.


François Macerola évoque la nécessaire modernisation des moyens de promotion. « On fait comme si le public québécois était homogène, alors que les 12 à 16 ans fréquentent peu les salles, que les 30 à 45 ans y vont tous les deux mois, que les aînés s’y rendent davantage, sans y retrouver nécessairement écho à leurs préoccupations. »


Le box-office, comme baromètre unique de succès ou d’échec, lui apparaît une méthode périmée. « Tout le monde, même les galas de cinéma, fonctionne à l’heure ancienne, à partir des sorties en salle. Certains films devraient être diffusés directement dans les médias électroniques. Par ailleurs, la vie des films se poursuit sur DVD ou ailleurs. Pour l’instant, on n’a pas les chiffres des recettes des films sur tous les supports, mais on y travaille. »


La SODEC (et désormais Téléfilm) prend en compte la performance des oeuvres dans les festivals et sur la scène internationale. « Si on s’était basés sur les recettes aux guichets québécois de Rebelle de Kim Nguyen, environ 150 000 $, on en parlerait comme d’un échec, alors que c’est lui qui nous représente aux Oscar. »


François Macerola est bien conscient que la SODEC n’a pas à dicter aux producteurs et aux créateurs le sujet et le traitement de leurs films ni d’établir un inventaire. « Mais on peut créer un climat favorable à la diversification des oeuvres pour chaque public. » Les oeuvres destinées aux aînés, par exemple, gagneraient à se multiplier : « Le temps où Fernand Dansereau se faisait refuser ses projets portant sur l’âge d’or est terminé. »


Nouvelles mesures


Faille principale relevée par tous les intervenants autour de la table : les scénarios des films québécois, souvent inaboutis. « Une aide à l’écriture existe dans nos Ateliers Grand Nord, poursuit le président de la SODEC. Pourquoi ne pas multiplier des ateliers du genre ? C’est une étape si cruciale. »


À ses yeux, il manque aussi de programmes pour l’achat de droits sur les livres adaptés. Comme il manque une inclusion du cinéma québécois dans le milieu culturel de l’éducation. D’autres pistes promotionnelles sont sur la table : faire au solstice d’hiver (jour le plus court de l’année) une journée du court métrage québécois et au solstice d’été une journée consacrée au long métrage, etc.


Ce remue-méninges ne devrait pas se traduire par un rapport en bonne et due forme, mais par une série de mesures mises en place graduellement, la plupart l’automne prochain, après consultation auprès des hautes instances, dont le ministère de la Culture.

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