Les Assises du cinéma français, ou la défense du système hexagonal

Producteurs, réalisateurs, fonctionnaires culturels, distributeurs, directeurs des chaînes de télévision, professionnels de tous poils et journalistes s’étaient réunis mercredi à Paris au théâtre de la Comédie-Française à l’invitation du Centre national de la cinématographie, lui-même mandaté par la ministre française de la Culture, Aurélie Filippetti. Dans la foulée de la missive véhémente du distributeur de Wild Bunch, Vincent Maraval, sur le salaire astronomique des stars et les mécanismes du financement des films, publiée dans Le Monde le 29 décembre dernier, se déroulaient les Assises du cinéma.


Vincent Maraval, à l’origine du ramdam, est revenu à la charge en table ronde : « Les films français sont trop chers et en perte de combativité. Il faut réformer le système pour endiguer cette chute de rentabilité. » Il affirme regretter le titre de sa diatribe dans Le Monde : « Les acteurs français sont trop payés ». « J’espère que les acteurs français seront même mieux payés, mais en fonction des recettes du film. Car on se paie trop en amont. »


Le cinéaste Michel Hazanavicius, l’oscarisé de The Artist, a appelé à la défense d’un système français défendant toutes les cinématographies. « Il ne faut pas déconnecter ce que coûte un acteur de ce qu’il rapporte », a-t-il précisé, disant souhaiter davantage de transparence dans le système de financement des films, invitant aussi à lutter contre l’inflation de leurs coûts à l’heure où la révolution numérique fragilise les acteurs historiques sur Internet et où les modes de diffusion doivent s’y adapter.


Les Assises ont débouché sur l’énoncé de grands principes, la mise en place d’un groupe de suivi et un nouveau rendez-vous des professionnels en juin. La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a demandé au Centre national de la cinématographie (CNC) d’assurer ce suivi. Le modèle de financement des films français, en grande partie basé sur des redevances à la billetterie et l’implication des chaînes télé, « est un système envié, qui peut être amélioré », a dit la ministre. Elle chercha à rassurer les troupes, en précisant qu’un suivi sur la rentabilité ne signifiait pas une aide aux films en fonction de leurs résultats. De fait, on imagine les dérives qui s’ensuivraient le cas échéant, avec des films fragiles abandonnés au profit des grosses machines rentables, dans une France où la diversité des oeuvres est une pierre d’assise, voire une profession de foi.


Le président du CNC, Éric Garandeau, a tenu à préciser que le cinéma français était dans « une forme olympique » : « On prélève Les Cht’is pour que Holy Motors puisse exister. » Quant au cinéaste Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française, il a invité le milieu à serrer les rangs à l’heure où Bruxelles cherche à tailler en pièces l’exception culturelle française. Chaque partie sembla aux observateurs campée sur ses positions. Le magazine Télérama qualifia ce remue-méninges de mascarade. Mais ils remettent ça en juin.

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