Liaison dangereuse

Sans se laisser détourner par l’élégance de sa direction artistique au cadre historique ni par la grâce épique de sa trame musicale, le réalisateur Nicolaj Arcel colle à ses excellents acteurs, qui s’investissent corps et âme, dont Alicia Vikander et Mads Mikkelsen.
Photo: Métropole Films Sans se laisser détourner par l’élégance de sa direction artistique au cadre historique ni par la grâce épique de sa trame musicale, le réalisateur Nicolaj Arcel colle à ses excellents acteurs, qui s’investissent corps et âme, dont Alicia Vikander et Mads Mikkelsen.

Ce beau film cité à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère aux côtés de Rebelle de Kim Nguyen n’a peut-être pas la splendeur visuelle du Barry Lindon de Kubrick, mais c’est à ce chef-d’oeuvre d’esthétisme qu’on se réfère spontanément. La lumière, les costumes, les décors princiers de ce film danois qui révèle un pan méconnu et véridique de l’histoire du royaume créent la trame sur laquelle des enjeux dramatiques puissants font écho aux amours de palais.


Nikolaj Arcel, également scénariste (il a signé le volet suédois de Millenium), fasciné d’histoire, s’est penché sur une liaison de la reine avec le médecin du roi, homme de lumière épris de démocratie, en montrant la façon organique dont évolue un pays.


Lars von Trier est producteur exécutif, et il y a de lui dans le personnage du roi à moitié autiste, campé avec une royale ambiguïté par Mikkel Boe Folsgaard, mi-clown, mi-agneau du sacrifice. Le film nous montre l’arrivée à la cour du Danemark fin XVIIIe siècle d’une jeune aristocrate anglaise belle et cultivée, Caroline Mathilde (Alicia Vikander, tout en finesse et en dignité bafouée). Elle vient épouser le jeune roi Christian VII, mentalement déséquilibré, qui court les filles, se désintéresse de son épouse, laisse les charges de l’État aux mains de ses conseillers conservateurs et vénaux dans un pays aux moeurs médiévales, où les seigneurs ont le droit de torturer les serfs.


Le film, scénarisé au scalpel, a l’immense mérite de conserver sa respiration, sans précipiter les événements, d’installer à la cour l’ennui de la reine et les dérives du roi. C’est en voyage que Christian VII s’attachera au médecin progressiste et charismatique Johann Friedrich Struensee. Celui-ci est campé par le grand acteur Mads Mikkelsen (primé à Cannes pour sa prestation dans La chasse de Vinterberg), qui offre sa force tranquille au rôle et rend vraisemblable l’immense influence qu’il aura sur le roi et la reine, comme sur l’entrée du Danemark dans la modernité. Bien entendu, les ministres comploteront sa chute quand ses réformes chambouleront les lois poussiéreuses et les privilèges ataviques qui s’y collent.


Sans se laisser détourner par l’élégance de sa direction artistique au cadre historique ni par la grâce épique de sa trame musicale, Nicolaj Arcel colle à ses excellents acteurs, qui s’investissent corps et âme.


Cette production historique très ambitieuse transcende le romantisme d’une histoire d’amour interdite. Nicolaj Arcel crée un vrai suspense autour de la liaison royale, de la montée puis de la disgrâce du médecin, jonglant avec les notions d’amitié, de passion, de trahison, d’intrigues, mais aussi du devoir d’État, nous révélant en prime une page d’histoire. C’est la lutte du XVIIIe siècle entre les ténèbres du passé et les lumières venues de la France sous l’influence de Voltaire et de Rousseau qui se joue ici, dans ce Danemark où il y a bien évidemment quelque chose de pourri à assainir.

 


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