La mécanique céleste de François Delisle

Le météore entrecroise cinq monologues intérieurs montés sur une succession d’images tantôt minimalistes sur le plan narratif, tantôt carrément impressionnistes.
Photo: FunFilm Le météore entrecroise cinq monologues intérieurs montés sur une succession d’images tantôt minimalistes sur le plan narratif, tantôt carrément impressionnistes.

« Une sélection à Sundance, ça fait en sorte que plusieurs distributeurs s’intéressent au film, reconnaît-il tout de go, le verbe excité. Avec l’annonce de la programmation au festival de Berlin en février prochain, tout à coup, c’est comme si Sundance, ça devenait une super rampe de lancement, avec d’autres intérêts qui se manifestent. Il y a un effet domino », résume François Delisle.


Centré sur un détenu quadragénaire qui purge une peine de 14 ans de prison, Le météore s’attarde également aux vies parallèles de la mère et de l’ex-conjointe (l’actrice Noémie Godin-Vigneau) de ce dernier. Un météore, on le sait, fonce dans le vide intersidéral. Au fil de sa trajectoire, le météore croise quelques planètes qui réagissent à sa proximité éphémère. Puis il disparaît, à l’instar de la traînée de poussière d’étoiles qui lui fait cortège. Le météore est voué à s’écraser ou à suivre son cours, sans fin. C’est un peu cette dynamique qu’illustre le film, quelques astres révélant une part d’eux-mêmes (l’ex qui essaie de se remettre en orbite, la mère qui a perdu son soleil, le gardien de prison (Laurent Lucas) à la dérive, le dealer qui se consume, la victime éteinte) avec, comme lien diffus, ce détenu-météore.


De la trajectoire d’une filmographie


Cinquième long métrage de François Delisle, Le météore s’inscrit dans la continuité de son oeuvre tout en marquant une transition. Ainsi, après les portraits de femmes beaux et singuliers que furent Ruth, Le bonheur c’est une chanson triste, Toi, et 2 fois une femme, ce plus récent opus s’articule autour d’un homme et de sa faute. « Les femmes sont aussi importantes », plaide immédiatement le cinéaste avant d’ajouter, sourire dans la voix : « Le protagoniste n’existerait pas sans elles. » Vrai.


Inspiré par un projet image-texte entrepris avec la photographe Anouk Lessard, Le météore s’avère plus ouvertement expérimental que ses prédécesseurs, en ce qu’il entrecroise cinq monologues intérieurs montés sur une succession d’images tantôt minimalistes sur le plan narratif, tantôt carrément impressionnistes. Ici, le cinéaste pousse d’un cran un procédé expérimenté dans 2 fois une femme et auquel il souhaitait revenir en l’approfondissant.


Tourné de façon sporadique pendant deux ans, d’abord de manière solo et autofinancée, puis avec un soutien institutionnel, le film ne ressemble à rien (pas même à du Godard). « Il s’agit sans conteste de mon projet le plus personnel », estime l’auteur qui a filmé son propre fils ainsi que sa mère, en plus d’apparaître à l’écran dans le rôle du détenu. « Ça, c’était pour des motifs économiques. » De fait, on aurait tort de suranalyser la démarche : « Un jour, j’étais à la mer avec ma famille et il fallait absolument que je filme ce que j’avais sous les yeux. Je n’avais pas d’acteur sous la main, il va sans dire, alors je suis entré dans le cadre. Après, il n’y avait plus de retour en arrière. » Ensuite, quand il a fallu enregistrer les monologues, M. Delisle fit appel à des acteurs professionnels afin que le texte soit « interprété » au meilleur effet. Par exemple, par-dessus l’image de la mère du réalisateur, on entend Andrée Lachapelle tandis que François Papineau prête sa voix au prisonnier. Si le dispositif déroute initialement, on s’y fait étonnamment vite. La force hypnotique de la proposition, sans doute.

 

En bonne compagnie


Après l’aliénation amoureuse et existentielle de la protagoniste de Toi, puis l’affranchissement de l’épouse battue de 2 fois une femme, c’est cette fois sur la notion de prison (réelle, psychologique ou émotionnelle) que médite François Delisle. Chargé de tristesse et de mélancolie, de beauté aussi, et ponctué de fulgurances poétiques caractéristiques du cinéaste, Le météore frappe l’âme et l’esprit, qu’il transperce avant de continuer sa route. On ne sort pas indemne de la collision.


Rappelons, enfin, que François Delisle se trouvera en excellente compagnie à Berlin puisque Le météore forme avec Vic et Flo ont vu un ours, de Denis Côté, et Inch’Allah, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, un tiercé d’oeuvres québécoises ayant eu la faveur des programmateurs allemands. Preuve supplémentaire, si besoin était, que notre cinématographie se porte très bien merci.

Le film sera projeté en clôture de la 31e édition des Rendez-vous du cinéma québécois avant de prendre l'affiche le 8 mars.

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