L’odyssée de Maïna

Le cinéaste Michel Poulette dévoilait jeudi les premières images de son nouveau film, Maïna, aux journalistes réunis dans sa salle de montage, à Technicolor, à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le cinéaste Michel Poulette dévoilait jeudi les premières images de son nouveau film, Maïna, aux journalistes réunis dans sa salle de montage, à Technicolor, à Montréal.

Les locaux de Technicolor, à l’angle de la rue Amherst et du boulevard René-Lévesque, mercredi matin. Le cinéaste Michel Poulette (La conciergerie, Louis 19) a la dégaine fébrile et l’oeil brillant au moment de dévoiler les premières images de son nouveau film aux journalistes réunis dans sa salle de montage.

Campé au XIIIe siècle, Maïna relate le périple d’une jeune Innue dégourdie en territoire inuit, une contrée étrangère. Pour le réalisateur, l’intérêt du projet résidait là, dans la rencontre de deux peuples qui, ignorant tout l’un de l’autre, se craignent d’abord. S’uniront-ils ensuite ? Il faudra voir le film en entier pour connaître la réponse. Chose certaine, dans la foulée du mouvement Idle No More et des points de vue divergents exprimés par les différents chefs des Premières Nations, la prémisse colle à l’air du temps de manière tout à fait imprévue.


« J’avais été approché pour réaliser une minisérie tirée du roman de Dominique Demers, puis c’est tombé à l’eau. Deux ans plus tard, j’en étais à me demander quels projets inaboutis j’aurais aimé réaliser, et Maïna s’est imposé dans mon esprit, se souvient Michel Poulette. J’ai pris une chance et j’ai contacté Dominique pour voir si je pouvais acheter les droits d’adaptation. » Et pourquoi un long métrage de cinéma plutôt qu’une minisérie télévisée ? Parce qu’au final, le réalisateur trouvait que le récit se prêtait davantage à la structure d’un film. « Il s’agit d’une intrigue complète, bouclée. En l’étirant, on l’aurait dilué », estime-t-il a posteriori.


C’est la jeune Roseanne Supernault (de la série Blackstone) qui campe l’impétueuse et débrouillarde Maïna. Elle est entourée par une distribution impressionnante qui comprend Natar Ungalaaq (Atanarjuat, Ce qu’il faut pour vivre), ainsi que Graham Green et Tantoo Cardinal, ces derniers réunis plus de 22 ans après Dances with Wolves.

 

De précieux collaborateurs


Dans un choix artistique qui l’honore, M. Poulette a d’emblée défendu l’idée que les personnages devaient s’exprimer en innu pour les uns et en inuktitut pour les autres. Bref, pas de pseudo-accent pour évoquer les langues en question, une manie hollywoodienne que Graham Green avait d’ailleurs parodiée dans la comédie Maverick. Afin de minimiser le recours aux sous-titres, les dialogues furent réduits au minimum. Un silence, un regard, ça parle aussi. « Pour le reste, la narration de l’héroïne passe de l’innu au français ou à l’anglais, selon la version du film présentée. En Grèce, la narration et les sous-titres seront en grec, tout simplement. Aucun personnage ne sera doublé. Je tenais à ce qu’on entende les deux langues parlées par ces deux peuples qui ne se comprennent pas. » En se familiarisant avec la culture de cet « autre » dont on se méfie d’instinct, Maïna semble agir comme un trait d’union.


Afin de s’assurer le concours des représentants innus et inuits, M. Poulette les rencontra très tôt dans le processus. « Ils ont lu le scénario et, lors de la première rencontre, leur seul commentaire a été de me dire que ça serait difficile à filmer. J’ai trouvé ça sympathique qu’ils se soucient de cet aspect-là. » Pour le compte, le contenu ne posa pas vraiment de problème tant le réalisateur et son scénariste Pierre Billon s’appliquèrent à faire leurs devoirs en amont. Il en alla d’ailleurs de même en aval, consultants techniques et anthropologues fréquentant assidûment le plateau, ce dernier largement extérieur.


D’une beauté à couper le souffle, les panoramas innus furent croqués dans l’Archipel-de-Mingan, dont Parcs Canada ouvrit les portes à la production. « On avait l’impression de se trouver dans des cathédrales naturelles », note M. Poulette. Filmée à proximité de Kuujjuaq, la seconde partie du film oppose aux forêts denses de la première sa majesté blanche et désertique.


Récit initiatique et histoire d’amour sur fond de grande aventure, Maïna aura nécessité 37 jours de tournage et un budget de 8 millions de dollars. Le film prendra l’affiche en octobre.

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