Cinéma américain - Du réchauffé et quelques morceaux choisis

Photo: Source Warner Bros

Traditionnellement dans le cinéma américain, l’automne et la période des Fêtes marquent la saison haute couture et de la gastronomie. L’hiver et le printemps, celles du prêt-à-porter et du réchauffé. En témoigne cette année encore le long chapelet de suites et de remakes qui, accompagné il est vrai de quelques morceaux choisis et d’une fleur de printemps, a le devoir de nous conduire sains et saufs jusqu’à l’été.


Passons sur les G.I. Joe : Retaliation, The Fast and the Furious 6 et autres The Hangover III pour dresser la liste de ceux qui comptent : Man of Steel (14 juin), remise à zéro de la franchise Superman par Zack Snyder (300) ; Star Trek Into Darkness (17 mai), deuxième épisode par J. J. Abraham de la série qui ne cesse de renaître ; Iron Man 3 (3 mai), qui se passe de présentation comme sa vedette Robert Downey Jr.


Déformation professionnelle ou relent d’adolescence, j’éprouve un petit frisson de plaisir morbide à l’idée de voir l’héroïne de De Palma réinventée dans Carrie (15 mars) par la réalisatrice de Boys Don’t Cry, Kimberly Peirce, ou encore le cultissime Evil Dead (12 avril) revu par Fede Alvarez, un illustre inconnu venu de l’Uruguay.


Le créateur d’Evil Dead, Sam Raimi, qui a d’ailleurs produit le remake, en signe un autre très attendu par ses admirateurs : Oz -The Great and Powerful (8 mars), une fantaisie avec James Franco dans la peau du fameux magicien, puis Mila Kunis, Michelle Williams et Rachel Weisz dans les oripeaux des trois sorcières.

 

Morceaux choisis


L’hiver cinématographique étant avare de grands noms, il nous faudra tirer le meilleur avantage de la présence de l’intarissable Steven Soderbergh, qui signe dans Side Effects (7 février) une critique de l’industrie pharmaceutique avec en tête d’affiche sa muse Channing Tatum (Magic Mike). Également, le réalisateur du remarqué Blue Valentine, Derek Cianfrance, renoue dans The Place Beyond the Pines (29 mars) avec Ryan Gosling jouant un cascadeur tenté par le diable.


Découvert avec The Usual Suspects, Bryan Singer avait touché le pactole avec le premier X-Men puis était tombé en disgrâce à cause des mauvais retours sur investissements (Superman Returns, Valkyrie). Jack the Giant Slayer (1er mars), conte de fées moderne sur un fermier troublant la paix entre humains et géants, annonce une possible rédemption. Il serait grand temps que ses confrères Andrew Niccol (Gattaca, S1m0ne, In Time) et M. Night Shyamalan sortent eux aussi du purgatoire. Tous mes voeux à cet effet accompagnent leurs fantaisies de science-fiction respectives, soit The Host (29 mars), avec Saoirse Ronan se faisant injecter une âme extraterrestre, et After Earth (7 juin), avec Will Smith et son fils Jaden, de retour sur la Terre mille ans après la fin de la civilisation.


La fin du monde continue d’être un thème monnayable, comme en témoignent Oblivion (19 avril), de Joseph Kosinski (Tron : Legacy), avec Tom Cruise en dernier des hommes (quand ça va mal) sur notre planète dévastée par la guerre, et World War Z (21 juin), dans lequel Marc Forster (Quantum of Solace) donne à Brad Pitt la mission de sauver la planète d’une épidémie de zombies.


 

Stars fanées et «fant-asies»


Les has-been pullulent cet hiver. Al Pacino, grand acteur devenu caricature vivante, joue dans Stand Up Guys (1er février) un vieux bandit reprenant du service. Vous rappelez-vous John McClane ? Bruce Willis, lui, s’en souvient. À preuve : A Good Day to Die Hard (15 février), cinquième épisode en quatre décennies des aventures du flic sans peur hérité de la guerre froide et qui, apparemment dans ce film, boucle la boucle en Russie.


Parlant de guerre froide : revigorés par le succès de The Expandables 1 et 2, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenneger refont le plein de vide, le premier avec Bullet to the Head (1er février), une histoire d’alliance entre un flic et un tueur à gages, le second avec The Last Stand (18 janvier), variation ultraviolente sur le motif de High Noon, dont les rênes sont tenues par le Sud-Coréen Kim Jee-woon (The Good, The Bad, The Weird).


Son compatriote Park Chan-wook (Old Boy) nous arrive pour sa part avec un plat nettement plus alléchant : Stoker (1er mars), une oeuvre dans la continuité horrifique de Thirst avec Mia Wasikowska tombant sous l’emprise d’un oncle (Matthew Goode) venu soutenir sa mère (Nicole Kidman) nouvellement veuve. Park Chan-wook n’est pas la seule main-d’oeuvre étrangère réquisitionnée par nos voisins. Le Danois Neils Arden Oplev, à qui on doit le premier volet de la trilogie Millénium, a réalisé aux États-Unis Dead Men Down (8 mars), une incursion dans le milieu du crime organisé avec Colin Farrell et la première Lisbeth Salander, Noomi Rapace.


 

Collaborateur

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La fleur de printemps: The Great Gatsby

On en parle depuis plus de deux ans. Baz Luhrmann, le roi du charme kitsch et de l’extravagance chic (Moulin Rouge, Australia), nous avait d’abord promis The Great Gatsby pour les Fêtes. Puis, un échéancier compliqué durant la post-production de son adaptation très personnelle du roman de F. Scott Fitzgerald, aux antipodes de celle de 1974 avec Robert Redford et Mia Farrow, en a repoussé la sortie au 10 mai. Le délai s’inscrit jusque dans le thème du film, sur l’absence et les occasions manquées, campé durant les Années folles à Long Island. Luhrmann a confié le rôle de Gatsby, milliardaire décadent, à la vedette de son Romeo + Juliet, Leonardo DiCaprio, et celui de Daisy, son amour de jeunesse, à la brillante Carey Mulligan (An Education, Shame), belle comme une fleur. De printemps, justement.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 12 janvier 2013 18 h 05

    «refont le plein de vide» :

    Génial !