Cinéma international - Entre monarchie, grand capital et prise de conscience

Fabrice Luchini joue un professeur désabusé aux côtés de Kristin Scott-Thomas.
Photo: Films Séville Fabrice Luchini joue un professeur désabusé aux côtés de Kristin Scott-Thomas.

Les mauvaises nouvelles en provenance d’Europe suscitent des inquiétudes sur le front du cinéma, art coûteux s’il en est un. Dans ce contexte de crise(s), on aurait tort de se plaindre d’un improbable envahissement des productions internationales. Les distributeurs constatent toutefois la frilosité du public québécois, pas toujours enthousiaste devant les cinématographies étrangères. À nous de les faire mentir en s’octroyant divers plaisirs d’hiver. En voici quelques-uns.


A Royal Affair. On ne compte plus les films sur les têtes couronnées, et parfois décapitées, mais ceux racontant le destin des monarques du Danemark ne sont pas si nombreux. En plus de décrire la liaison d’une reine avec le médecin (Mads Mikkelsen, en entrevue dans nos pages la semaine prochaine) de son époux royal, et un peu cinglé, le cinéaste Nikolaj Aral reconstruit les balbutiements de la social-démocratie dans cette région de la Scandinavie, inspirée par Voltaire et Rousseau (25 janvier).


Le capital. Ce n’est pas d’hier que Costa-Gavras dénonce (parfois à gros traits) injustices et abus de pouvoir. Après Le couperet, voici cette fois Le capital, une autre plongée dans le monde obscur des grandes compagnies et de la finance, illustration de l’ascension périlleuse d’un dirigeant (Gad Elmaleh, un choix étonnant) confronté au pouvoir hypnotique de l’argent et du pouvoir (1er février).


La pirogue. L’Europe est-elle encore une grande terre promise pour les laissés-pour-compte ? Certains osent y croire et, au péril de leur vie, traversent une partie de l’Atlantique ou la Méditerranée pour y parvenir. Le cinéaste sénégalais Moussa Touré nous amène dans l’un de ces voyages avec un groupe d’Africains en direction de l’Espagne dans une embarcation de fortune. Frissons garantis, de même qu’une importante prise de conscience (8 février).


Journal de France. Parmi les plus grands documentaristes et photographes français, il faut compter Raymond Depardon, lui dont l’oeil aiguisé a ratissé non seulement la France, mais le reste du monde, d’abord à titre de grand reporter. Avec une caméra d’un autre temps, il repart sur les routes de son pays natal, mais cette fois en compagnie de Claudine Nougaret qui, elle, revisite l’illustre passé filmique du réalisateur de La vie moderne et de La captive du désert. Un carnet de voyage à feuilleter avec attention, et admiration (8 février).


Les saveurs du palais. Que peut bien manger le président français ? Au pays de la gastronomie et des variétés infinies de fromages, la question n’est pas banale et Christian Vincent (La discrète, Beau fixe) tente d’y répondre. Pour brasser les chaudrons avec humour et élégance, rien ne surpasse l’impayable Catherine Frot, l’actrice faisant face à un partenaire de jeu plutôt étonnant. En effet, dans les habits du chef d’État, nul autre que l’écrivain Jean d’Ormesson. Qui ne doit sûrement pas se sentir à l’étroit (1er mars)…


Dans la maison. Deux François Ozon cohabitent et ils se complètent à merveille. On connaît bien sûr le kitsch (8 femmes, Potiche), mais le pervers (Sitcom, Swimming Pool) n’est jamais loin. C’est ce dernier que l’on retrouve, avec bonheur, dans ce drame psychologique sur les vérités et mensonges de la littérature, et le pouvoir parfois vampirique des auteurs. Fabrice Luchini en professeur désabusé aux côtés de Kristin Scott-Thomas, c’est ce qui s’appelle une belle affiche (22 mars).


 

Collaborateur

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Gérard Depardieu: l’homme qui râle

Il enchaîne depuis longtemps les films, et parfois les succès. Voilà maintenant qu’il récolte les scandales, enfile les pitreries fiscales, et s’il continue à jouer avec frénésie (sept films en 2012), qu’en est-il de son véritable pouvoir d’attraction ? 

Au Québec, depuis 1998, selon des chiffres compilés par Pascale Dubé, directrice exécutive chez Cinéac, parmi les cinq plus grands succès commerciaux de l’acteur, deux doivent beaucoup à l’imaginaire de Goscinny et Uderzo. Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (2002) trône au sommet avec des recettes de plus de 4 millions de dollars ; en 1999, Astérix et Obélix contre César ferme la marche avec près de 2 millions. Entre les deux ? The Man of the Iron Mask, Nouvelle-France et… Life of Pi (rappelez-vous que le coût des billets a augmenté depuis 10 ans, sans compter la prime au 3D). Est-ce que les distributeurs se frottent les mains avant la sortie de L’homme qui rit (29 mars), où il partage la vedette avec Marc-André Grondin, et surtout Astérix et Obélix. Au service de Sa Majesté (15 février), un échec commercial en France ? 

Si la liste prouve une chose, c’est la force toute relative de son nom en haut de l’affiche, du moins au Québec. Il en va sans doute autrement en Russie…