Un couple au seuil de la mort

Amour décrit le dernier chapitre de la longue histoire d’un vieux couple, interprété par Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, en fin de parcours.
Photo: Métropole Amour décrit le dernier chapitre de la longue histoire d’un vieux couple, interprété par Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, en fin de parcours.

Certains l’ignoraient, d’autres en doutaient : le cinéaste autrichien Michael Haneke (Caché, Funny Games, Le ruban blanc) n’a pas seulement une vision, un discours, une manière, il a aussi un coeur et une âme. Cette sensibilité (jamais exacerbée ou mièvre) s’étale dans Amour, certainement son film le plus accessible, mais ne sacrifiant en rien sa rigueur et son ascétisme pour décrire le dernier chapitre de la longue histoire d’un vieux couple au seuil de la mort.


Il en est beaucoup question dans ce portrait admirable de simplicité, pratiquement un huis clos étouffant, même si en filigrane le cinéaste décrit, avec son cynisme habituel, la relative incompréhension entre parents et enfants, ou le peu de réconfort qu’apporte la culture chez ceux qui peuvent se l’offrir. Car l’appartement parisien de Georges (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Emmanuelle Riva), professeurs de musique à la retraite, déborde de livres et de disques.


Ce rempart contre la médiocrité ne suffira pas à les éloigner de la fatalité, celle qui afflige peu à peu la gracieuse Anne. Tout cela débute par des absences temporaires et se poursuit avec une opération chirurgicale ratée, une paralysie partielle, des difficultés d’élocution et un retour à l’enfance scandé sur l’air de Sur le pont d’Avignon, dans une tonalité déchirante… À ses côtés, Georges affiche une dévotion exemplaire, lié qu’il est par sa promesse de la garder auprès de lui contre vents et marées, et contre le souhait de sa fille Eva (Isabelle Huppert), tout à la fois désespérée et distante.

 

Désarroi et brutalité


Ce personnage, défendu avec l’aplomb de cette habituée du cinéma d’Haneke (La pianiste, Le temps du loup), résume l’approche du cinéaste, qui filme de manière frontale le désarroi et la brutalité sans effets racoleurs, et pratiquement sans musique (une constante chez lui). Devant sa caméra, souvent statique, se joue un drame d’une douleur indicible, d’une franchise désarmante, n’épargnant jamais la sensibilité du spectateur, témoin privilégié de cette cérémonie des adieux.


Par sa gravité solennelle, et une odeur que l’on devine insoutenable, la première scène du film donne la note juste de cette bouleversante chronique d’une déchéance annoncée. Or cette mystérieuse complicité conjugale serait peu convaincante sans l’abandon total de ces deux immenses acteurs que sont Trintignant et Riva, réunis au soir de leur vie, et de leur carrière, dans ce qu’il n’est ni présomptueux, ni exagéré, de qualifier de chef-d’oeuvre.


 

Collaborateur