Un Gus Van Sant trop gentil

Matt Damon et Frances McDormand incarnent des représentants de l’industrie des gaz de schiste dans le dernier Gus Van Sant.
Photo: Alliance Films Matt Damon et Frances McDormand incarnent des représentants de l’industrie des gaz de schiste dans le dernier Gus Van Sant.

Promised Land est une fable écologiste sur l’entraide et la trahison, qui s’offre un revirement assez tarabiscoté dont on ne saurait vous révéler la teneur. Matt Damon devait faire à travers ce film ses premiers pas de réalisateur, mais pris dans un conflit d’horaire, il demanda à son ami Gus Van Sant de prendre le relais.


Ce dernier avait mis en scène deux scénarios cosignés par Damon : Gerry et Good Will Hunting (Oscar du meilleur acteur pour Damon). L’acteur a écrit ce scénario avec John Krasinski après un premier jet de l’écrivain engagé Dave Eggers. Il demeura impliqué dans la production du film, en plus d’y jouer le premier rôle.


Damon se bat pour les causes environnementales et Promised Land apparaît collé à son univers bien davantage qu’à celui de Gus Van Sant, dont on cherche ici un peu la griffe, perceptible surtout dans sa direction d’acteurs toujours fluide.

 

Environnemental


Dans un village d’agriculteurs de l’Amérique profonde, Promised Land raconte le périple de Steve Butler, représentant d’une importante compagnie de gaz de schiste (Matt Damon) et de sa comparse (Frances McDormand). Ils arrivent chez des agriculteurs frappés par la crise, afin d’obtenir d’eux, facilement, croient-ils avec candeur, les droits de forage, contre espèces sonnantes et trébuchantes. Mais rien ne se déroule comme prévu. Un vieil instituteur (excellent Hal Holbrook) proteste au nom des risques écologiques liés au forage. Survient inopinément Dustin Noble, militant environnementaliste (John Krasinski, pas toujours convaincant) qui sème la pagaille et enflamme les esprits. Le tout sur fond de romance avec l’enseignante Alice (Rosemarie DeWitt), la partie la plus faible du scénario, surtout à l’heure du dénouement en queue de poisson.


On sait gré aux scénaristes d’avoir présenté les arguments des deux camps, sans cacher leurs couleurs pour autant. Le bon n’est pas vraiment bon, le méchant plutôt naïf. Par ailleurs, Matt Damon, faute de briller par son jeu, forme avec la suave Frances McDormand, extirpée de l’univers des frères Coen et toujours pince-sans-rire, un duo dynamique. L’humour est au rendez-vous, surtout à travers le duel que Steve et Dustin se livrent : pancartes, discours, va-et-vient de la belle institutrice entre les deux camps, assemblées collectives houleuses, etc. Le tout en abordant une question d’actualité faisant débat, que le film peut d’ailleurs servir à alimenter, car Promised Land défend quand même une thèse, ce qui l’affaiblit, côté satire.

 

Pétard mouillé


De ce fait, il manque du tonus grinçant qu’un cinéaste scénariste allumé à la Alexander Payne (on pense à son film cinglant sur l’avortement Citizen Ruth, avec pro-vie et pro-choix en pleine bataille) aurait pu tirer d’une pareille confrontation. Matt Damon, car c’est vraiment son film à lui, est finalement trop gentil pour plonger au coeur de la bête, et malgré les qualités d’interprétation et le revirement inattendu de ce Promised Land, on reste en attente d’un feu d’artifice qui n’éclate pas.


Quant à Gus Van Sant, il a sauvé sans doute quelques meubles, en l’empêchant, montage aidant, de sombrer corps et biens dans la mièvrerie.

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