Le cinéma québécois en 2012: des leçons à tirer

Une scène du long métrage Rebelle, de Kim Nguyen, qui s’est démarqué dans plusieurs festivals internationaux.
Photo: Métropole Films Une scène du long métrage Rebelle, de Kim Nguyen, qui s’est démarqué dans plusieurs festivals internationaux.

On a beaucoup évoqué la crise du cinéma québécois cette année. Nos oeuvres maison ont peu rencontré leur public. Le pire creux au box-office en dix ans, mais un cinéma qui s’exporte de plus en plus.

Que des films aussi différents que Camion de Rafaël Ouellet, Rebelle de Kim Nguyen, Laurence Anyways de Xavier Dolan, Tout ce que tu possèdes de Bernard Émond ou Le torrent de Simon Lavoie aient pu prendre l’affiche témoignent d’une bonne santé. Certains d’entre eux ont fait honneur au Québec dans les festivals. Et ça joue. Faut-il privilégier la carrière internationale d’un film ou sa réussite commerciale ? La question fut posée. Les années précédentes, Incendies de Denis Villeneuve ou Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau avaient récolté les deux. Faux problème, donc.


En 2012, des succès escomptés comme L’affaire Dumont de Podz, Avant que mon coeur bascule de Sébastien Rose, Liverpool de Manon Briand, Inch’Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Laurence Anyways ne furent pas prophètes en leur pays.


Alors quoi ? Des exploitants de salles comme Vincent Guzzo ont réclamé davantage d’oeuvres grand public, drôles si possible. Les tenants du cinéma indépendant, se sentant attaqués, défendaient bec et ongles les forces vives de la création. On peut se contenter de parler d’un cru plus faible au guichet, en tournant la page, mais…


Sombre cru


Mieux vaut garder la tête froide en se posant des questions. Le cru 2012 fut particulièrement sombre, même la comédie L’empire Bo$$é de Claude Desroriers riait jaune et fit patate. La seule production grand public de l’été, Omertà de Luc Dionne - plus grand succès de l’année avec des recettes de près de 3 millions -, était trop noire pour se positionner plus haut. Le duo Fred Pellerin et Luc Picard, avec Ésimésac (abordant aussi la misère), et Les Pee-Wee - L’hiver qui a changé ma vie en 3D arrive trop tard en fin d’année pour redresser les chiffres au guichet, qui devraient être inférieurs à 5 %.


Les cinéastes québécois, dont les antennes captent l’air du temps, n’ont pas trouvé qu’il y avait matière à rire. Dont acte ! Ajoutez une crise des salles, à l’heure où les gens adoptent massivement le cinéma maison, attendant la sortie des DVD. Excentris, rouvert fin 2011, n’a pas retrouvé son public d’antan, mais le cinéma d’auteur en arrache partout. Les spectateurs se déplacent pour les grosses productions hollywoodiennes en 3D. Les autres mangent leurs bas. Au banc des accusés aussi : un été trop ensoleillé pour attirer les Québécois dans les salles obscures.


Sauf qu’il a vraiment manqué une comédie estivale pour attirer les foules. Et les cinéastes qui voudraient faire un film lumineux partiraient, on le constate, avec une longueur d’avance. Les scénarios des films commerciaux devraient aussi être de meilleure qualité. Les producteurs misent sur les têtes d’affiche plutôt que sur la mécanique de l’histoire et la réalisation. Ça donne ce que ça donne. Plus chères souvent que les films dits d’auteurs, ces productions grand public, en général inexportables, ont l’échec onéreux. L’empire Bo$$é en a fait les frais cette année. Mais French Immersion et autres Appât connurent des destins identiques lors de précédentes cuvées.


Sans vouloir interférer dans les choix créatifs, il faut dire que certains thèmes - celui par exemple du deuil suivi du voyage initiatique des personnages en quête des racines - paraissent bien récurrents. Ça donne d’excellents résultats parfois, comme Camion de Ouellet, mais de nouveaux sujets réclament une place au soleil. Par ailleurs, les scénaristes et cinéastes devraient être plus importants dans les rouages d’une machine qui ne privilégie que les producteurs. De grâce, bonzes des institutions, consultez-les !


Où sont les femmes?


Il manque de femmes cinéastes aussi. Deux seulement cette année : Manon Brian et Anaïs Barbeau-Lavalette tenaient la barre de longs-métrages de fiction. Elles n’ont pas réalisé leur meilleur film, mais leur proportion les dessert, et les filles ont besoin de figures au grand écran auxquelles s’identifier. Reines du documentaire, les femmes, comme en témoignait, entre autres, l’excellent Over My Dead Body de Brigitte Poupart, doivent prendre d’assaut la fiction, à l’instar de leurs consoeurs françaises, bien mieux représentées.