Cinéma - Road-movie oedipien

Seth Rogen, un acteur pourtant très drôle, est limité ici à un rôle de faire-valoir de Barbra Streisand, une actrice au registre limité douée d’une personnalité charismatique irrésistible.
Photo: Paramount pictures Seth Rogen, un acteur pourtant très drôle, est limité ici à un rôle de faire-valoir de Barbra Streisand, une actrice au registre limité douée d’une personnalité charismatique irrésistible.

Ça partait pourtant d’une bonne idée. Celle d’unir à l’écran le Canadien Seth Rogen, hilarant câlinours sorti de l’écurie de Judd Apatow (Knocked Up), et la femme-orchestre Barbra Streisand, lâchée dans un numéro de maman juive surprotectrice, pour les besoins d’un road-movie oedipien. Qu’est-ce qui cloche dans The Guilt Trip, qui sort en salles ce mercredi ? À peu près tout.

À commencer par le scénario monochrome et sans saveur de Dan Fogelman (Crazy Stupid Love), qui ne vaudrait pas son poids au kilo si les piles (Rogen et Streisand) étaient vendues séparément. Lui est un chimiste, inventeur d’un produit nettoyant révolutionnaire qu’il doit présenter à divers détaillants à travers le pays. Elle, veuve énergique, est convaincue que son fils est la huitième merveille du monde. Elle l’adore, elle l’énerve, ils s’embarquent. Depuis le New Jersey, où elle réside, jusqu’à San Francisco, où fiston prépare une surprise à maman, le récit déplie la sempiternelle crise des contraires suivie d’un très ordinaire bas-les-masques rédempteur. Chemin faisant, Fogelman escamote les enjeux essentiels (la solitude profonde des deux personnages, par exemple) de façon à ne pas entraver le rythme, déjà à cloche-pied, de la comédie de situation.


Là où un cinéaste de talent aurait exigé réécriture, Anne Fletcher (27 Dresses), armée d’un rouleau format commercial (images sans relief et laminées, compositions approximatives, éclairages de centre commercial, etc.), s’en remet complètement à Streisand, une actrice au registre limité douée d’une personnalité charismatique irrésistible. Celle-ci s’est visiblement investie. Mais le film, comme d’autres fragments de sa filmographie (The Main Event, All Night Long remontent à la mémoire), est digne de Bette Midler, la diva du peuple qui « fausse » plusieurs étages en dessous d’elle. Même constat du côté de Seth Rogen, un acteur pourtant très drôle, limité ici à un rôle de faire-valoir de Streisand, clown blanc de son auguste, Denise de sa Dodo. Cette basse besogne aurait mieux convenu à Ryan Reynolds.


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