Prendre le voile, garder la barbe

Il a davantage l’air d’un hippie, d’un brocanteur que… d’une religieuse. Et pourtant, Mish a pris le voile en 1979 au sein de la congrégation des Soeurs de la perpétuelle indulgence, à San Francisco. Aucun scandale à l’horizon puisque cet éternel barbu faisait partie des fondateurs de ce groupe, un rassemblement d’hommes gais avec robe et cornette, prêchant la bonne nouvelle avec beaucoup de maquillage !

Ce curieux personnage a capté l’attention de Joe Balass, cinéaste qui s’est déjà intéressé aux tensions entre la communauté homosexuelle et l’Église catholique (Le diable dans l’eau bénite), proposant cette fois un regard intimiste, et outrancier, avec Joie ! Portrait d’une nonne. Au milieu de son bric-à-brac, et au coeur du Tennessee, Mish explique, le plus souvent de manière décousue, les objectifs poursuivis par ces hommes de foi, mais aussi de fête !, déguisés en bonnes soeurs.


Telle une vision extrémiste des espoirs du concile Vatican II, ou le prolongement des fameuses messes à gogo qui ont fait trembler les murs des églises dans les années 1970, cette communauté cherche à soulager la misère des homosexuels opprimés, une tâche qui s’annonçait déjà ardue lorsqu’éclata l’épidémie du sida au début des années 1980. Présents dans les manifestations, bruyants dans les espaces publics, ces disciples de l’amour infini (entre hommes) vont se disperser un peu partout aux États-Unis et en Europe - pas de mention dans le film d’une quelconque ferveur religieuse au Canada -, semant dans leur sillage la controverse, l’embarras, les rires ou l’affection populaire, comme dans certains quartiers de San Francisco.


Portrait solo


Véritable gardien des origines, témoin de toutes les errances de cet assemblage hétéroclite de gens de toutes les confessions, et pas seulement catholique, Mish décrit toujours, sourire en coin, les extravagances de ses camarades en voile noir. L’historique de ce mouvement est illustré par quelques photos d’archives et des extraits vidéo « artistiques » qui trahissent aussi bien l’esprit de l’époque que la soif de provocation de ces curieuses religieuses.


Ce portrait solo devient peu à peu tableau de groupe, le cinéaste s’incrustant dans un rassemblement (un synode ?) où tous se retrouvent dans un lieu boisé aussi chic et de bon goût que certains campings installés le long d’une autoroute. Joie ! se fait alors un peu plus triste et lancinant, enfilade de situations grotesques dignes d’une fin de soirée dans une cabane à sucre. Dans ce contexte carnavalesque, le militantisme cède le pas au trivial, mais il restera toujours le bon vieux Mish pour garder intacte la mémoire de cette délirante bande de nonnes à barbe.


 

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