Tout sur l’action, sans l’élévation

Il ne se passe pas grand-chose dans The Hobbit, mis à part d’interminables affrontements avec des êtres particulièrement hideux.
Photo: Warner Bros Il ne se passe pas grand-chose dans The Hobbit, mis à part d’interminables affrontements avec des êtres particulièrement hideux.

Après s’être fait tirer l’oreille (Guillermo del Toro fut longtemps pressenti pour diriger la chose), le Néo-Zélandais Peter Jackson a retrouvé le chemin de la Terre-du-Milieu en s’attaquant au Hobbit, prélude littéraire de Tolkien à la saga du Seigneur des anneaux. Ce qui était un livre pour enfants assez simpliste, Bilbo le Hobbit, arrive donc à l’écran après la trilogie qui avait techniquement ébloui les cinéphiles et récolté tous les honneurs que l’on sait. Or le contraste entre les univers complexes et raffinés de la précédente saga et celui-ci ne peut que desservir sa cause.

Il ne se passe pas grand-chose dans The Hobbit, mis à part d’interminables affrontements avec des êtres particulièrement hideux. Ce roman de Tolkien ne comportait pas au départ de personnages féminins. Ici, Cate Blanchett reprend en quelques répliques le rôle de l’elfe Galadriel dans Lord of the Rings, mais ce monde est essentiellement masculin. La féminité conférait aux autres films des éléments de légèreté dont celui-ci est dépourvu. Ici, tout n’est qu’action, sans élévation, dans un monde de désolation plus poisseux qu’autre chose.


Place donc à la vie paisible de Bilbo le Hobbit (Martin Freeman, drôle et touchant), qui voit sa demeure envahie par 13 nains et par Gandalf le mage (Ian McKellen, toujours impérial) en un long préambule. Et les voici partis pour reconquérir le royaume d’Eredor que ces nains se sont fait dérober par l’affreux dragon Smaug. Gobelins, trolls, orques et autres monstres se retrouveront sur le parcours initiatique des braves, à travers monts et vaux, éprouvant leur courage, dans l’espoir de retrouver les terrains conquis, ce qui se fera dans les volets subséquents.


Panne de merveille


The Hobbit, dont le premier volet du triptyque dure près de trois heures, déçoit beaucoup. Là où Le Seigneur des anneaux avait créé des univers spectaculaires et sophistiqués, la trame de cette histoire, plus fruste, appelle des scènes sombres dans des grottes, au-dessus de précipices, etc. Le duel de devinettes entre Bilbo et le fascinant de bassesse Golum, si expressif (Andy Serkis passé à la moulinette des effets numériques), est un des points forts du film, car il se déroule à l’échelle humaine, si on peut dire, avec découverte de l’anneau à l’appui. Les monstres devenus statues de pierre confèrent un bref moment de lyrisme à une production qui en manque terriblement. Trop de batailles avec des personnages souvent mal différenciés, les nains entre autres, deviennent redondantes et on cherche en vain une direction de mise en scène à travers ce fatras belliqueux.


Ce Hobbit en trois dimensions a été tourné à 48 images/seconde, et même si aucun projecteur à Montréal ne peut le diffuser dans son format original, le rythme trépidant s’en ressent, surtout perceptible dans les scènes de batailles et la saillie des effets 3D souvent impressionnants. Le spectateur se voit immergé en plein vertige dans ce monde parallèle. Jackson n’a pas ménagé ses effets numériques, les maquillages, les décors naturels de montagnes, mais la couleur brune enlise l’action dans son magma : à travers les oripeaux de ces croisés d’une terre fantasmagorique, dans la boue, les décors, les monstres, les affrontements. La ligne dramatique devient redondante, et on s’y ennuie bien vite, en panne de merveilleux.


Au fond, Peter Jackson aurait dû obéir à son premier réflexe en refusant la redite, un cran plus bas, du Seigneur des anneaux, grand chant épique qui s’étiole en vain dans ce malheureux prologue servi en épilogue, sans enchanter.

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