Hitchcock - Le cinéaste et ses muses derrière le rideau de Psycho

Photo: Fox Searchlight

New York — Qui a oublié la célébrissime scène de la douche avec le meurtre de Marion Crane (Janet Leigh) au Motel Bates ? La musique stridente de violons et de violoncelles de Bernard Herrmann semblait aiguiser chaque coup de couteau. Le découpage en plans serrés accélérait le rythme fou du crime. L’eau, le sang, les cris, le pommeau de douche et l’oeil soudain vitreux sont iconiques. Psycho, d’Alfred Hitchcock, chef-d’oeuvre d’épouvante en noir et blanc (1960), contribua à mettre au monde le thriller moderne.


Les membres de l’équipe d’Hitchcock réunis devant la presse dans un hôtel de New York en témoignent ces jours-ci. Le film est axé sur le making of du fameux Psycho, avec en prime la vie du maître britannique aux côtés de son épouse et collaboratrice Alma Reville. Nerveux, le cinéaste Sacha Gervasi ? On le serait à moins. Lui qui n’avait jusque-là dirigé que des documentaires joue son va-tout avec cette production imposante.


Quand Anthony Hopkins et Helen Mirren (réunis pour la première fois et heureux de leur sort) se font la paire, ça crée des étincelles. L’ombre des nominations aux Oscar flotte sur leurs interprétations. Des Oscar, Hopkins n’en a rien à cirer. Il n’aime pas les concours entre acteurs et le crie à tous les vents. Quant à Scarlett Johansson, muse de Sofia Coppola et de Woody Allen, la voici dans la peau de Janet Leigh, rejouant la scène de la douche, qui fait quand même moins peur que dans la version d’origine. En couleur, tout ça. Sacha Gervasi s’est payé la traite en opposant ces rouges et verts au noir et blanc du film original.


Pour Psycho, Hitchcock avait fait signer à son équipe une consigne de silence. Les cinémas n’admettaient aucun retardataire. Le suspense n’était pas qu’à l’écran. Il avait financé le film lui-même, tant le projet effrayait le studio. Sa femme Alma l’a beaucoup secondé.

 

Dans l’ombre de Gein


À la base de Psycho, le livre de Robert Bloch sur les méfaits d’Ed Gein, adapté au scénario par Joseph Stefano. Gein, tueur dans les jupons de sa maman au Wisconsin, utilisait la peau de ses victimes pour faire des abat-jour et d’autres pièces coquines de mobilier. Pour la petite histoire, les crimes d’Ed Gein inspirèrent également Silence of the Lambs. Anthony Hopkins l’aura donc beaucoup fréquenté. Sacha Gervasi a d’ailleurs mis le vrai tueur en scène dans le film (joué par Michael Wincott), en fantôme qui surveille tout.


De Londres, Hopkins nous a rejoints par Skype. Incarner des personnages qui ont existé, ça le connaît. « Jouer Nixon dans le film d’Oliver Stone avait été mon plus grand défi. Mais Hitchcock est mon cinéaste préféré. Avec Rear Window, Vertigo, North by Northwest, Psycho trône au-dessus de ma liste, dit-il. J’étais à Manchester quand j’ai vu Psycho en 1960.Je n’ai jamais été aussi terrifié de ma vie. »


La silhouette d’Hitchcock, tout le monde la connaissait : bouille ronde, crâne dégarni, bedaine proéminente et côté pince-sans-rire. Le cinéaste britannique, adopté par Hollywood, faisait des apparitions éclair dans tous ses films et présentait lui-même sa série télé. « J’ai revu ses films, étudié ses mimiques, explique Anthony Hopkins. Il avait un accent cockney qui revenait dans les moments d’émotion. J’ai perdu du poids pour endosser le gros corps postiche. On m’a maquillé et transformé le visage. Mais il fallait surtout devenir lui sans être lui. Il m’a touché, cet homme, avec ses femmes blondes idéalisées, son lien de confiance avec Alma, l’humour de leurs rapports. »


« Est-ce Hopkins par Hitchcock ou Hitchcock par Hopkins ? On ne sait pas, estime Danny Huston, qui incarne un scénariste dans le film. Parfois, l’homme et sa mythologie se confondent. »

 

L’esprit d’Hitchcock


La femme d’Hitchcock, Alma, possédait, de son côté, des contours totalement mystérieux. « Personne ne savait trop à quoi elle ressemblait, déclare Helen Mirren. En fait, elle mesurait 4 pieds, 8 pouces. Et je ne pouvais rétrécir pour l’incarner. Alors, j’ai essayé de capter son énergie, d’être elle, pas physiquement. Sa fille Patricia disait : “ Mon père était un homme ordinaire. Ma mère faisait tout. ” C’est à Alma que Patricia a consacré une biographie, plutôt qu’à son illustre père. Ce livre m’a aidée à créer le personnage. »


Le jeune James D’Arcy incarne, saisissant de ressemblance, Anthony Perkins. « L’acteur avait été si convaincant dans le rôle du tueur Norman Bates qu’il lui a collé à la peau, rappelle-t-il, et il n’a jamais pu s’en débarrasser. Moi, je ne jouais pas Norman Bates, mais Anthony Perkins. Ça m’a donné une vraie liberté. »


Alfred Hitchcock a épaté Anthony Hopkins : « L’époque était à la censure. Les cinéastes n’avaient même pas le droit de montrer une cuvette dans une salle de bains. Avec ce film-là, il a battu le système. Il était un psychologue de nature, avait lu Freud et connaissait le côté sombre des êtres. Il maîtrisait l’art de créer une atmosphère. Je crois qu’il a été influencé par Les diaboliques de Cluzot, qui laissait aussi sentir que quelque chose de terrifiant se prépare à arriver. »


Pour tout dire, cela faisait huit ans qu’Hopkins était pressenti pour le rôle. « Plusieurs cinéastes avaient défilé, explique Sacha Gervasi, et rien n’aboutissait. La compagnie Montecito a fait venir 26 ou 27 réalisateurs en audition. J’étais celui qui avait le moins de chances de l’emporter, mais ils ont aimé la façon dont je parlais de l’histoire d’amour entre Hitch et Alma et j’ai été choisi pour réaliser le film. Plus tard, le scénariste de Psycho, Joseph Stefano, est venu sur le plateau, en me disant :“ Vous m’avez redonné ma jeunesse. L’esprit de l’homme est dans le film. ”» Sacha Gervasi tenait sa récompense.


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Notre journaliste a séjourné à New York à l’invitation de Fox Searchlight.

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