La fureur de vivre

Les membres du groupe punk Pertti Kurikan Nimipäivät, à voir en documentaire et sur scène à la Cinémathèque québécoise
Photo: François Pesant Le Devoir Les membres du groupe punk Pertti Kurikan Nimipäivät, à voir en documentaire et sur scène à la Cinémathèque québécoise

Avec Pertti Kurikan Nimipäivät, alias PKN, place à un boys band nouveau genre, à l’opposé de mes chers NKOTB. Ils ne sont pas des Américains pop, mais des Finlandais punk rock bourrés de talent. Et oubliez les cinq tombeurs fringants. PKN, c’est quatre hommes enrobés, près la quarantaine, souffrant de troubles mentaux. A priori, rien d’affriolant, mais…

Vous vous rappelez des New Kids on the Block, groupe de Boston créé de toutes pièces au mitan des années 80 pour répondre à une soi-disant demande de jeunes avides d’idoles ? En tout cas, les murs bleu tendre de ma chambre d’enfant et moi, nous nous en souvenons, et pas à peu près.

 

« La Finlande est un pays féru de musique punk. Le pays a même un festival consacré au genre, ultra-couru, au village de Puntala. Le Woodstock national ! Le punk, ça s’est donc imposé dès le départ », nous confie Jani-Petteri Passi. Il est l’un des deux créateurs du documentaire Punk Syndrome (réalisé avec Jukka Kärkkäinen) qui dresse un portrait de ce groupe fabriqué sur mesure en 2009. « Les gars viennent de disciplines musicales différentes. On les a tous mis ensemble pour constituer PKN », précise Passi. Groupe fabriqué, oui, mais possédant néanmoins un supplément d’âme. Quelque chose de trop souvent inédit dans ce genre d’entreprise.


Punk Syndrome suit les tribulations de quatre bad-ass émouvants et complexes, liés par leur passion commune pour la musique. D’abord, il y a Pertti Kurikka, le guitariste qui prête son nom à la formation. Un homme hypersensible qui tient un journal intime (matériau précieux pour les chansons du band). Ajoutez Toni Valitalo, le batteur trisomique attachant vivant chez ses parents. Ensuite vient Kari Aalto, le chanteur à l’organe vocal particulièrement viril (il n’a rien à envier à Fred Durst, de Limp Bizkit, ou à James Hetfield, de Metallica). Et finalement, Sami Helle, bassiste et grand gaillard rieur avec qui je me suis entretenu.


Sur scène comme à la ville, les membres de PKN hurlent leur mal de vivre. Les chansons reflètent leur réalité. Pas de toune d’étapes à franchir pour obtenir sa girlfriend. Non. On parle plutôt ici de contestation, comme en font foi les paroles que j’ai habilement traduites du finnois : « Tu n’es pas normal », « Je déteste ce monde », « Je hais le Parlement », « Pertti a un trouble de langage » ou « J’ai le syndrome du punk ». Sous cette rage pleine de tendresse, c’est la quête de la dignité qui les anime tous.


La bande de Pertti : des marginaux qui en ont contre le mainstream. Des rebelles, oui, mais avec une cause. « Nous sommes les premiers du genre, nous ouvrons la voie et espérons servir de modèles en Finlande comme ailleurs au monde », déclare Sami, conscient du pouvoir qu’a son groupe de briser le mur des préjugés.

 

Paradoxes


Dans le docu, on voit Sami à la fois appuyer une amie conservatrice dans ses élections (quel paradoxe, ce Punk qui n’endosse pas les paroles de la chanson contre le Parlement !) et participer à une compétition d’hommes forts dans laquelle il forcera jusqu’à en perdre son pantalon. Un être actif et éclectique, habité par une urgence, pétri de contradictions. « Quand je ne parcours pas la Finlande ou le reste du monde avec mon groupe, je tricote », avoue-t-il. La fureur de vivre, ça ratisse large. N’allez pas croire que seul chez lui, il se nourrisse de la musique qui les a rendus célèbres. Sami écoute du rap progressif. Quant à Pertti, il révèle s’être départi de ses albums punk pour ne conserver que les oeuvres de son compositeur d’élection : Beethoven.


Une scène du film cerne l’essence du boys band punk devenu le plus célèbre de la Finlande. En voyant atterrir leur dernier album dans les bacs, Pertti invite sa bande à célébrer autour d’un café. Sex, drugs and rock’n’roll, version soft. Ni scotch ni bière au menu.


Drôle et terriblement honnête, Punk Syndrome s’avère au final un documentaire truffé de scènes intimes : disputes (Kari en a contre le conservatisme de Sami), rapprochements (scène tendre et silencieuse entre les deux rivaux politiques), amour aussi (on assiste à un mariage heureux entre Kari et sa conjointe Sirkka).


À ce sujet, Kari philosophe : « Quand les femmes sont de bonne humeur, elles sont incroyables, sublimes, autrement, on ne peut pas leur parler. »


Pour des punks, la rigueur, ça les connaît. Ils répètent tous les jours, mais lors des tournées, se transforment en couche-tard pour les besoins de la cause. Ils doivent apprendre à se supporter sur la route, ce qui n’est pas toujours facile. En décembre, une compilation de leurs 3 cd comprendra 18 de leurs succès. Les musiciens de PKN se sont fait applaudir chez eux, mais aussi au Royaume-Uni, en Norvège, en Suisse, etc. À notre tour de les accueillir.


Ce puissant hymne à la différence, vous pourrez le voir et l’entendre ce soir, dans le cadre des RIDM, dès 21 : 15 à la Cinémathèque québécoise, avant un spectacle qu’ils livreront gratuitement dans le hall à 23 h. Petit conseil : arrivez tôt. Populaires, les gars!


« Let’s kick some ass, guys ! », lance Tino avant d’entrer en scène. Oui, Tino. Viens kicker notre cul. On en a bien besoin.


Mes affiches de NKOTB sont à la poubelle depuis belle lurette. Les murs de ma chambre jaune tendre sont prêts pour du sang neuf. PKN, merci !