Cinemania - Annie Miller et Natalie Carter accompagnent le dernier film de Claude Miller

Natalie Carter et Annie Miller sont à Montréal dans le cadre de Cinemania. Elles seront à la projection du dernier film de Claude Miller, Thérèse Desqueyroux.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Natalie Carter et Annie Miller sont à Montréal dans le cadre de Cinemania. Elles seront à la projection du dernier film de Claude Miller, Thérèse Desqueyroux.

Il avait été un grand ami du Québec, le cinéaste français Claude Miller, disparu le 4 avril dernier. Cinemania lui consacre un hommage fort mérité. Son dernier film, Thérèse Desqueyroux, adapté de François Mauriac, donnant la vedette à Audrey Tautou et Gilles Lellouche, est présenté ce vendredi à 19 h à l’Impérial.

Quatre de ses oeuvres antérieures se succèdent à l’écran jusqu’au 4 novembre. Au menu : La meilleure façon de marcher (1976), son premier long-métrage en sursaut de révolte contre l’homophobie, le magistral Garde à vue (1981), duel entre Michel Serrault et Lino Ventura, L’effrontée (1985), premiers pas de Charlotte Gainsbourg au cinéma, L’accompagnatrice (1992), un des meilleurs rôles de Romane Bohringer. On aurait bien aimé découvrir son avant-dernier film Voyez comme ils dansent (2011), tourné ici et à travers le Canada, avec des acteurs québécois, jamais sorti chez nous. On en profite pour faire un appel du pied à son distributeur Les films Séville…


Annie Miller, la veuve de Claude, productrice de plusieurs de ses films, est dans nos terres. Elle a accompagné au long des derniers mois Thérèse Desqueyroux (film de clôture au dernier Festival de Cannes) et les nombreux coups de chapeau à son mari sous maintes latitudes. Natalie Carter, coscénariste de Miller sur ses trois derniers films se tient à ses côtés. Le cinéaste de Mortelle randonnée et de La classe de neige relève pour sa part de l’invité fantôme, un absent drôlement présent.


Annie Miller précise l’avoir connu enfant. « À sept, huit ans, Claude savait déjà qu’il serait cinéaste. » Il aura été longtemps directeur de production de François Truffaut. « Ils partageaient le même goût du travail en famille, avec des techniciens gardés d’un film à l’autre, la même fascination pour les sujets liés à l’enfance, la passion de travailler avec les femmes. Claude les trouvait plus fines mouches que les hommes. » Ajoutez un don de directeur d’acteurs.


«Claude adaptait en général des oeuvres, poursuit sa compagne, mais y greffait son univers, comme dans Un secret, d’après le roman de Philippe Grimbert, qui évoquait beaucoup sa propre enfance d’enfant juif né sous l’occupation. C’était une adaptation, mais c’était lui. Il profitait du bouquin pour couler l’information. »


Tant Annie Miller que la scénariste Natalie Carter l’assurent : Thérèse Desqueyroux n’était en rien un film testamentaire. Même si le cinéaste souffrait d’un cancer du poumon durant le tournage, il croyait pouvoir guérir. « Mais la maladie lui apportait une sorte de détachement, une aisance sur le plateau, qui rendait sa direction fluide, assure Annie Miller. Il était en pleine possession de son savoir-faire. » Thérèse Desqueyroux avait déjà été porté à l’écran en 1962 par Georges Franju, version très collée à l’oeuvre littéraire, coscénarisé par Mauriac, avec voix hors champ. Emmanuelle Riva tenait le rôle-titre.


Claude Miller, au contraire, a pris ses distances par rapport à l’oeuvre littéraire, enlevant la notion de flash-back, modifiant avec Natalie Carter bien des répliques, en ajoutant d’autres. Il fit de l’héroïne, qui dans sa bourgeoisie de province des années 1920 étouffait, une femme moderne, en route vers son destin, sans poser de jugement sur elle, à l’encontre du livre. « Notre collaboration était un vrai partage, précise Natalie Carter. Il a apporté la sensualité, l’humanité aux personnages. Moi, je pouvais rendre la solitude de Thérèse. »


Le roman, à sa parution en 1927, avait fait scandale parce que Thérèse empoisonnait son mari - sans parvenir pour autant à le faire mourir. « Mauriac avait enfermé Thérèse. Miller l’a libérée », conclut la coscénariste du film.