Bond, James Bond: 50 ans de cinéma

Une scène de Casino Royale (2006) réalisé par Martin Campbell, avec Daniel Craig dans le rôle de Bond
Photo: Sony Pictures Une scène de Casino Royale (2006) réalisé par Martin Campbell, avec Daniel Craig dans le rôle de Bond

Le 5 octobre 1962, le film James Bond 007 contre Dr No, un drame d’espionnage tiré d’un roman d’Ian Fleming, prend l’affiche à Londres. Malgré un accueil mitigé, l’agent 007 fait recette. Un demi-siècle plus tard, sa popularité ne se dément pas.

Installé à une table de baccara, un homme en costard commande un vodka-martini. « Secoué, pas remué », prend-il soin de préciser. Il s’appelle Bond, James Bond. Au service secret de Sa Majesté et détenteur d’un permis de tuer, il est le plus redoutable espion qui soit. Issu de l’imaginaire de l’écrivain anglais Ian Fleming, un ancien officier de l’Intelligence navale britannique, James Bond voit le jour en 1952 dans le roman Casino Royale, mais il doit attendre dix ans avant que l’une de ses aventures, James Bond 007 contre Dr No, prenne le chemin du grand écran. C’était il y a 50 ans, jour pour jour.


C’est à l’acteur écossais Sean Connery que les producteurs Harry Saltzman et Albert R. Broccoli, des expatriés québécois et américain, respectivement, confient le rôle de Bond. Un patriotisme exacerbé constituant un aspect important du personnage, cette décision n’est pas sans créer une certaine controverse. Lorsque Dr No prend l’affiche, la critique formule pour sa part certaines réserves quant au registre de la vedette. Le public, lui, est conquis. Sans doute la vision d’Ursula Andress regagnant la plage en maillot deux-pièces, une image devenue mythique, a-t-elle son rôle à jouer dans cet engouement.


Le macho suave


Rapidement, la série est lancée : en 1963 paraît Bons baisers de Russie ; en 1964, Goldfinger ; en 1965, Thunderball : puis en 1967, On ne vit que deux fois. À l’heure où le mouvement féministe entre dans une seconde phase très active, avec notamment la publication de l’essai La femme mystifiée, de Betty Friedan, le James Bond éminemment macho de Sean Connery croît paradoxalement en popularité.


Or l’acteur, qui transpire la testostérone par tous ses pores, se sent prisonnier de sa cage dorée et, concurremment aux James Bond, il tourne pour Hitchcock (Pas de printemps pour Marnie) et Lumet (La colline des hommes perdus). En 1968, Connery refuse de jouer dans Au service secret de Sa Majesté, qui sort l’année suivante avec l’acteur australien George Lazenby en 007. Inconnu au moment d’accepter le rôle, Lazenby retourne à l’anonymat en quittant à son tour la production. En 1971, Sean Connery est de retour dans Les diamants sont éternels.


Le macho nonchalant


Avec son côté dandy, Roger Moore apporte un surcroît de légèreté à la série entre 1973 et 1985. Vivre et laisser mourir, L’homme au pistolet d’or, L’espion qui m’aimait, Moonraker, Rien que pour vos yeux, Octopussy (un titre vertement critiqué) et Dangereusement vôtre versent de plus en plus dans le kitsch. Des années plus tard, Mike Myers s’inspire de cette période pour créer Austin Powers, espion à gogo s’il en est. À noter qu’à la suite d’une querelle concernant les droits d’adaptation, Sean Connery effectue un second retour dans Jamais plus jamais, produit en 1983 par un studio concurrent.


Le macho incolore et le macho débonnaire


Avec ou sans Connery, rien n’y fait : le public se désintéresse de James Bond et de la guerre froide. Arrivé alors que le communisme s’essouffle, le Britannique Timothy Dalton prend le relais en 1987 dans Tuer n’est pas jouer. Deux ans plus tard, l’aventure prend fin, alors que s’écroule le mur de Berlin : Permis de tuer n’a pas su renouveler le succès d’antan.


Après un hiatus de six ans, 007 reprend du service sous les traits du comédien irlandais Pierce Brosnan. Le physique est celui de Connery, mais l’attitude, celle de Moore. GoldenEye, Demain ne meurt jamais, Le monde ne suffit pas et Meurs un autre jour rapportent gros, mais décroissent en qualité. Avec notamment une voiture invisible, un rayon solaire dévastateur et une physicienne nucléaire en minishorts, la menace kitsch plane de nouveau.


En coulisse, la fille d’Albert Brocoli, Barbara, reprend les rênes de la production. Devant la caméra, une femme est désormais à la tête des services secrets britanniques. Entre en scène Judy Dench dans le rôle de M.

 

Le macho brisé


Entre 2002 et 2005, silence radio. Puis on annonce le retour de James Bond. Qui enfilera le plus célèbre des smokings ? Daniel Craig, un acteur anglais, emporte l’adhésion dès les premières minutes de Casino Royale, un film sombre et désabusé baignant dans un romantisme délétère. Voilà le coup de barre dont la série avait tant besoin.


Dire de ce James Bond revu et corrigé qu’il convainc relève de l’euphémisme. Le box-office s’enflamme. 007 Quantum est moins bien reçu, mais tout aussi payant - près de 600 millions $US de recettes mondiales chacun. Craig compose un Bond certes dur, mais faillible et sujet au doute. Judy Dench voit quant à elle sa partition gagner en complexité, sa relation avec son agent étant à présent teintée d’une note d’ambiguïté inédite. Une impression confirmée par la bande-annonce de 007 Skyfall, qui prendra l’affiche le 9 novembre.

 

En marge du cinquantenaire


Voyageur notoire, James Bond a parcouru le globe d’un pôle à l’autre. Normal, donc, qu’on le célèbre un peu partout dans le monde : vente aux enchères à Londres, installation au Musée d’art moderne de New York (MoMA) inspirée par Goldfinger, exposition des accessoires célèbres à Toronto, nuit consacrée à la musique des films à Los Angeles. À ce chapitre, l’interprétation de la toujours très attendue chanson principale a cette fois été confiée à l’immensément populaire Adele. Un documentaire consacré à Ian Fleming intitulé Tout ou rien : l’histoire secrète de 007 est également annoncé.


 

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10 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 5 octobre 2012 09 h 21

    John Barry

    Et n'oublions pas non plus la fantastique musique de John Barry qui, elle aussi, est passée à l'histoire.

    • Gaston Meilleur - Abonné 5 octobre 2012 10 h 39

      Oui même si le thème ne lui est pas officiellement attribué. Qui peut oublier la musique de you only live twice ou on her majesty's secret services.....

  • Marc O. Rainville - Abonné 5 octobre 2012 12 h 07

    Petit oubli

    N'oublions pas le film de James Bond tourné en 1967 par John Huston, Casino Royale. Le rôle de Bond est confié à David Niven. Le film partagera l'affiche avec On ne vit que deux fois où Sean Connery interprète à nouveau le rôle principal. À noter que David Niven n'interprétera jamais plus le rôle du célèbre espion même si l'acteur était le choix de l'auteur, Ian Flemming, lui même un agent du renseignement britannique (matricule 17F et non pas 007 !).

    • François Dugal - Inscrit 5 octobre 2012 14 h 23

      Petit oubli bis
      Un reportage de la CBC nous apprenait récemment que c'est Ian Fleming qui a planifié le raid de Dieppe en 1942.
      Le but était de pénétrer dans le quartier général de la Kriegsmarine et de voler une machine à coder Enigma.
      Le tout fut un échec lamentable.

  • France Marcotte - Inscrite 5 octobre 2012 16 h 04

    Ne touchez pas à cette magie...on pourrait être déçu-e-s

    Il y a (ou avait?) quelque chose d'irrésistible dans les James Bond.

    Qu'est-ce que c'est au juste, ce quelque chose qu'on cherche toujours à retrouver, qu'on attend. Tout baigne dans un ordre rassurant. Les bons sont beaux, les méchants sont laids... On sait que James Bond ne mourra pas et il vit une vie de rêve.

    Les femmes y sont plus fortes qu'avant mais il y a toujours un moment de vérité, un moment critique où elles flanchent, où James démontre la supériorité sous-entendue de son sexe.

    Et avec Daniel Craig, il ressemble de plus en plus à un robot.

    Rien n'a changé au fond.

    Et les analyses pour comprendre ce phénomène sont toujours aussi superficielles à ce que je vois.

    • Denis Raymond - Inscrit 5 octobre 2012 16 h 44

      Ouf, pas tant que ça. C'est la première fois avec Craig où on voit un James Bond effondré à cause de la mort de sa dulcinée(Casino Royale 2006). Tout à fait nouveau et qui remet en question tout le flegme britannique des Bond.

    • France Marcotte - Inscrite 5 octobre 2012 16 h 59

      Je ne sais trop ce qu'on a fait du dedans mais je soutiens qu'il ressemble de plus en plus physiquement à un robot, sa façon de bouger, son visage impassible...

      Je crois que sa nature profonde n'a pas été touchée du tout par les petits changements cosmétiques...

    • François Lévesque - Abonné 5 octobre 2012 17 h 27

      @ madame Marcotte
      Petite précision: cet article ne se veut nullement une analyse, mais bien un survol de la série.
      François Lévesque
      Le Devoir

  • Denis Raymond - Inscrit 5 octobre 2012 16 h 38

    Création d'une légende et du mythe

    J'adore ces créations des légendes et mythe par le cinéma. Celui de Bond n'est pas en reste. Il se différencie du Héro américain. Daniel Craig représente celui qui incarne cette vision revue du Héro britannique ou le héro en général, il est en fait la vision du Héro d'aujourd'hui comme mentionné dans l'article. Nolan, avec sa trilogie de Batman et aussi Britannique, nous convie à sa vision d'un Héro vulnérable et qui doute aussi. À chaque fois les Héros au cinéma ont toujours été adaptés selon notre époque.

    Un autre phénomène a aussi été créé: celui des Bond Girls, beaucoup plus prenant dans le monde anglo-saxon. L'art de créé encore des légendes.

  • Kevin Charron - Inscrit 5 octobre 2012 16 h 45

    James Bond et les mentalités

    Le personnage de James Bond, tout au long des 50 dernières années, c'est adapté à la société. Si James Bond était un parfait macho limite mysogine pendant les années 60 et 70, il s'est peu à peu transformé dans les années 90. Vous avez fait remarquer que Daniel Graig joue le rôle d'un macho cassé, mais il est dommage que vous aillez passé sour silence le rôle de machos râtés de Pierce Brosman.

    Avec l'arrivée de Pierre Brosman, James Bond est un macho mal habile qui a perdu la capacité de faire tomber tous les femmes. La première scène de Goldeneye en fait la démonstation. Le réalisateur a ici recréer la première scène de Dr. No où Bond joue aux cartes comme un Dieu et séduit en même temps la demoiselle en face de lui. Dans Goldeneye, c'est l'inverse qui est produit. James Bond se fait rejeter et à l'allure du manchot deséspéré qui veut se prendre une fille à la fermeture des bars.

    À partir de cette épisode, les relations de Bond ave cles femmes sont inversés. James Bond qui a toujours été le grand charmeur, rusé et dominant devient l'amoureux faible incapable de séduire la belle et puissante rusée qui le manipule à sa guise.

    Si avec Casino Royale, la franchise a littéralement cassée avec l'image d'un agent 007 infaillible et séducteur, le processus était déjà en marche depuis le début des années 1990.

    Depuis 20 ans, la franchise travaille à adapter James Bond aux mentalités de la société actuelle afin d'assurer sa pérénité. On remarquera d'ailleurs le changement d'ennemi. Avant 1990, c'était les Communistes, en 1990, c'était les groupes terroristes. Depuis Casino Royale, il est question des grands cartels financiers et pétroliers, du contrôle des ressources et même d'environnement.

    Certes, la franchise a gardé certains éléments de sa recette notamment sa structure narrative, mais depuis 20 ans, le personnage est en constante évolution et gagne en profondeur.