Les nouveaux monstres de l’autre Cronenberg

Brandon Cronenberg est à l’aise sur les plateaux de tournage, car il n’a jamais cessé de squatter ceux de son père avant d’étudier le cinéma à l’Université Ryerson de Toronto.
Photo: Alliances films Brandon Cronenberg est à l’aise sur les plateaux de tournage, car il n’a jamais cessé de squatter ceux de son père avant d’étudier le cinéma à l’Université Ryerson de Toronto.

Je n’ai jamais eu le bonheur de rencontrer David Cronenberg, mais aller à la rencontre de son fils Brandon pourrait ressembler à une expérience parallèle : même froideur apparente, même humour pince-sans-rire, même démarche nonchalante. À la différence que son père, le célèbre créateur de tous les monstres qui peuplent The Fly ou Naked Lunch, aurait évolué avec aisance dans cette suite du Ritz-Carlton où trônait, inconfortable, le réalisateur d’Antiviral.

Il faut comprendre qu’il effectue ses premiers pas dans le milieu, et après un baptême du feu le printemps dernier à Cannes aux côtés du paternel qui lançait Cosmopolis — ce duo familial constituait une première dans l’histoire du festival —, le jeune cinéaste semble encore appréhender les tourbillons de la promotion. Plus à l’aise sur les plateaux de tournage, car il n’a jamais cessé de squatter ceux de son père avant d’étudier le cinéma à l’Université Ryerson de Toronto, Brandon Cronenberg était tout de même prêt à défendre son premier long-métrage, qui prendra l’affiche au Québec le 12 octobre.


On ne peut éviter les comparaisons avec l’univers de son père devant cette histoire de fluides turbulents et de virus de stars que veulent s’injecter des admirateurs en délire pour mieux leur ressembler… Tout cela ne se passe pas dans un « futur proche » ; le cinéaste préfère parler de « présent alternatif ». Celui-ci est souvent d’une blancheur immaculée, sauf lorsque les personnages se décomposent sous nos yeux.


Ce curieux trafic donnera lieu à de tragiques dérapages et pose la question de la célébrité comme nouvelle religion. Sur ce point, le Torontois d’origine apporte une nuance. « Ce n’est pas l’absence de la religion qui crée cette fascination pour les stars, dit-il sur un ton monocorde… et familier. Ça part de la même impulsion religieuse. Pensons au concept de sainteté : il y a cette idée de perfection, une iconographie pour la nourrir, et un fétichisme pour les reliques — il y aurait même un marché noir ! »


Du même souffle, il ne croit pas que les adorateurs aveugles sont des victimes d’un complot capitaliste. « Les stars sont des constructions médiatiques, tout le monde s’entend là-dessus. Beaucoup d’industries profitent de cette obsession. J’y vois davantage un échange puisque personne ne nous force à consommer ces images. Ça me plaisait d’ailleurs de caricaturer cet aspect de notre culture. »


Qui dit caricature, dit rigolade. Antiviral affiche un caractère cérébral, certains diront désincarné, mais il insiste pour que l’on y voie une comédie romantique ! « Il y a de la romance - elle est à sens unique, j’en conviens - et il y a de la comédie, plus satirique que comique d’ailleurs. Dans certaines salles, j’ai pu observer que les spectateurs riaient beaucoup et dans d’autres, pas du tout… comme à Cannes ! »


On imagine facilement les émotions contradictoires de se retrouver dans cette foire aux images ; son père fut sans doute un guide, du moins un exemple à suivre. C’est le cas lorsque Brandon est derrière la caméra, lui qui a longtemps ratissé ses plateaux de tournage. « Observer quelqu’un qui travaille est plus instructif qu’une école de cinéma, souligne le cinéaste, conscient de son héritage. Mais une école, c’est bon pour une chose : être entouré de gens qui veulent aussi faire des films. Et comme cinéaste, on a besoin des autres. J’ai pu rencontrer d’autres étudiants avec qui j’ai fait des courts-métrages et qui sont maintenant des collègues. » Et des alliés pour créer de nouveaux monstres.


 

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