Fin de partie?

Amy Adams et Clint Eastwood sont fille et père dans le long métrage Trouble with the Curve.
Photo: Warner Bros Pictures Amy Adams et Clint Eastwood sont fille et père dans le long métrage Trouble with the Curve.

Il y a quelques années à peine, Clint Eastwood aurait occupé tous les postes stratégiques pour une production aussi modeste que Trouble with the Curve, mais à 82 ans, l’interprète de Dirty Harry qui s’est longtemps moqué de ses défaillances physiques doit affronter la réalité. Les méchantes langues diront même qu’après sa performance de la chaise vide à la convention républicaine, le sort en est jeté…

En Robert Lorenz, il a trouvé le collaborateur idéal, un assistant de longue date qui fait ses débuts de réalisateur, connaissant bien la philosophie de la maison de production d’Eastwood, un des gages de sa longévité. Lorenz sait reproduire le style sans fioritures du patron, son souci de la frugalité et un sens des valeurs où droiture et coups de gueule font bon ménage. Ajoutez à cela un sport emblématique de la culture américaine, le baseball, le tout campé dans un décor campagnard à l’architecture défraîchie, loin des grands centres urbains, et vous avez un film du grand Clint qui vaut tous les discours de Mitt Romney.


Dans la peau de Gus Lobel, Eastwood incarne une nouvelle variation de son personnage de vieux grincheux, recruteur pour les Braves d’Atlanta. Par contre, sa vue déclinante, sa santé chancelante et son refus d’adhérer aux nouvelles technologies lui donnent des allures de dinosaure face à ses patrons. Sa fille Mickey (Amy Adams, l’alliance de la candeur et de l’aplomb), une avocate ambitieuse qui ne manque jamais de faire le procès de cet être absent et taciturne, se voit forcée de le suivre dans un bled perdu de la Caroline du Nord pour observer les prouesses d’un jeune joueur arrogant. C’est sans doute l’occasion inespérée pour provoquer un rapprochement avec lui, ou tout simplement délaisser son téléphone intelligent et renouer avec un sport qui jadis la passionnait… comme son père depuis toujours.


Trouble with the Curve sent très fort la nostalgie, prenant, avec un plaisir jamais dissimulé, le contre-pied d’un film comme Moneyball, qui faisait du baseball une entreprise tout à la fois sérieuse, implacable, plus scientifique que festive. Dans l’univers de Clint Eastwood, un monde que semble connaître sur le bout des doigts le scénariste Randy Brown, qui fait lui aussi ses débuts, ce sport est une affaire d’instincts (la vision brouillée de Gus accentue son flair de dépisteur au lieu de l’affaiblir), de triomphes modestes et de sueur dissimulée. Ceux qui frappent avec force mais sans adresse ou n’usent pas leur fond de culotte sur des gradins en bois courent à leur perte.


Conscients que les amateurs de coups de circuit ne remplissent pas les salles de cinéma, les artisans de cette longue partie effectuent un dosage méthodique entre combats de statistiques, intrigues de coulisses, affrontement père-fille et romance pudique, tâche qui incombe à Justin Timberlake. Tout comme lui, on se demande bien ce qu’il fait là en jeune recruteur sur les pas de son maître, concession racoleuse pour un film résolument ancré dans une nostalgie réconfortante. Cette mécanique souvent grinçante fait de Trouble with the Curve une pièce passe-partout de l’imposant puzzle que représente la filmographie de Clint Eastwood. Et lorsque surviennent les comparaisons avec Unforgiven ou Million Dollar Baby, l’image de la chaise vide s’impose rapidement…


 

Collaborateur


V.o.: Carrefour Angrignon, Cavendish, Colisée Kirkland, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché Central.

V.f.: Quartier latin, Carrefour Angrignon, StarCité.