Un jeune activiste de 85 ans en visite à Montréal

Aux yeux d’Harry Belafonte, on est sur Terre pour demeurer optimistes, par-delà les doutes.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Aux yeux d’Harry Belafonte, on est sur Terre pour demeurer optimistes, par-delà les doutes.

Il n’a pas perdu sa verve, Harry Belafonte, se définit en riant comme un jeune artiste à 85 ans bien sonnés, malgré la voix rauque due à des problèmes de santé, son ouïe moins fine. Celui qui fut le Calypso Boy, chanteur du hit d’antan Banana Boat Song (Day-O), l’acteur de Bright World et de Odds Against Tomorrow, star noire des années 1950 et 1960, s’inscrit désormais dans l’histoire pour ses engagements humanitaires. Ce champion des droits civiques aux États-Unis et ailleurs est à Montréal l’invité phare du 8e Festival international du film black de Montréal. Il recevait mercredi soir le premier Prix humanitaire de ce rendez-vous. Jeudi, toute une soirée lui est consacrée avec causerie et projection d’un film biographique sur sa vie et sa carrière, Sing Your Song de Susanne Rostock. Rendez-vous à 19 h, à l’Université Concordia, car le film est vraiment passionnant.


Il remonte le cours de sa vie, de Harlem à New York, en passant par la Jamaïque, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, tous les pays du monde où ses engagements humanitaires l’ont mené, un temps ambassadeur pour l’UNESCO. Celui qui avait suivi les cours d’art dramatique du grand metteur en scène allemand Erwin Piscator auprès de Marlon Brando, Tony Curtis, etc., s’est fait mettre bien des bâtons dans les roues.


« Je ne pouvais être un acteur qu’en harcelant le système, alors, j’ai chanté, nous dit-il en point de presse. Puis, trouvant mon inspiration chez les chanteurs folk, j’ai compris que je pouvais également faire mes propres choix. Parallèlement à mes buts artistiques, je me suis engagé socialement. » Belafonte s’affiche comme un activiste devenu un artiste.



Misère, gloire et engagement


L’ancien confident de Martin Luther King, le compagnon de Nelson Mandela, des frères Kennedy, le grand ami de l’acteur-cinéaste Sidney Poitier aura tout traversé : misère et gloire. La terrible discrimination sévissait aux États-Unis à ses débuts. Il était relégué au quartier des Noirs à Las Vegas, interdit souvent de spectacles mixtes, avec les Blanches surtout dont il ne pouvait toucher la main sur scène et à l’écran, etc. Belafonte aura pourtant choisi la voie pacifiste.


« Il faut changer la culture de la victimisation », assure-t-il, précisant qu’aux États-Unis et ailleurs, bien des combats sont à mener, contre la pollution notamment, et qu’on peut s’y atteler. Belafonte appuie le président Obama haut et fort, fulmine contre le candidat républicain Mitt Romney, qui s’en prend aux plus démunis.


L’individualisme qui sévit aujourd’hui : quête de la gloire pour la gloire, de l’argent pour l’argent, semble vain à celui qui fut l’âme du spectacle collectif We Are the World en 1987 pour combattre la famine en Éthiopie : « Le hip-hop est une tribune de choix pour passer des messages et devrait être mieux utilisé comme outil de réflexion. » Il souhaite que les jeunes créateurs s’engagent davantage. « Les artistes sont les gardiens de la grille de la vérité. La célébrité peut être utilisée à des fins sociales. »


À ses yeux, on est sur Terre pour demeurer optimistes, par-delà les doutes. De fait, les mouvements Occupy Wall Street et autres montrent qu’un vent se lève. Pas assez vite à son goût : « On n’a pas d’autre choix que d’espérer voir la relève s’engager », répète-t-il en cherchant la lueur des grands enflammements à l’horizon.


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1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 20 septembre 2012 09 h 31

    Que pense-t-il ...?

    Que pense-t-il de la lutte des Québécois pour leur langue et leur culture nord-américaines ?
    Quelqu'un "qui a le micro" pourrait-il lui demander ?
    Je suis certain que plusieurs de nous seraient des plus intéressés de connaître son point de vue sur le sujet ... Pendant qu'il se trouve au Québec, faudrait peut-être penser à lui demmander ?
    Merci à qui peut le faire ...