Festitval des films du monde - Petit guide du cinéphile


	The Almost Man raconte l’histoire d’un trentenaire qui n’ose pas entrer dans la vie adulte.
Photo: Norvegian Films
The Almost Man raconte l’histoire d’un trentenaire qui n’ose pas entrer dans la vie adulte.

Le 36e Festival des films du monde démarre jeudi avec la production d’horreur chinoise Million Dollar Crocodile de Lisheng Lie, qui ne semble pas (euphémisme) viser la clientèle cinéphile. Mais dès vendredi, les projections habituelles commencent. Pas facile de s’orienter à travers le dédale d’une programmation touffue et inégale. Du moins Le Devoir a-t-il vu quelques films parmi ceux qui prennent l’affiche jusqu’à dimanche. D’autres paraissent inspirants.


Allons-y de quelques suggestions. The Almost Man du Norvégien Martin Lund est le lauréat du Grand Prix au Festival de Karlovy Vary et son acteur principal Henrik Rafaelsen y récolta aussi le laurier d’interprétation masculine. Ce film aborde avec un vrai doigté, une bonne dose d’humour dans l’immaturité ironique et le charme du naturel le destin d’un trentenaire encore égaré dans son adolescence, qui n’ose affronter les changements de l’âge adulte, et multiplie les conneries.


Même si le parallèle avec Peter Pan semble un peu appuyé, ce cheminement ludique d’abord en couple, avec sa compagne Tone (Janne Heltbert Haarseth), puis en attardé solitaire, alors que la dame amorce une grossesse, est rendu avec finesse et réalisme, à défaut de vraie force. On s’attache aux personnages condamnés tôt ou tard au choc de la vie adulte.

 

Flash-back


The Orheim Company d’un autre Norvégien, Arild Andresen, est une incursion réussie dans la psyché masculine d’un père et de son fils adolescent. Car en flash-back, on retourne dans la Norvège des années 1980, alors qu’un enfant qui grandit, Jarle (Vebjorn Enger), voit sa jeunesse empoisonnée par l’alcoolisme d’un père immature (excellent Kristoffer Joner). La famille se disloque à travers la confrontation sensible de deux générations qui croient chacune à sa façon à un monde meilleur, mais peinent à changer quoi que ce soit. Sous le gris du ciel, des révolutions s’esquivent, des rêves avortent, un homme tombe, d’autres se relèvent autour de lui. Sans rien réinventer, ce film garde la note juste et sa chronique tient la route.


Norvège pour Norvège, Into the Dark, de Thomas Wangsmo, parvient à traduire des sentiments douloureux, remords, colère, tristesse, à travers une mise en scène soignée parmi les paysages de neige, une musique subtile, de bons acteurs. L’action, qui démarre avec l’accident d’un enfant cycliste bientôt dans le coma, s’étire pourtant inutilement. Le conducteur est un voisin de la victime et le père du petit garçon blessé conteste sa version de l’accident pur et simple. Into the Dark possède d’indéniables qualités techniques, mais son scénario, qui explore la psyché de familles bouleversées, parvient trop lentement à atteindre son souffle, sur les merveilleux airs de l’opéra Lakmé.

 

Pas vu, mais à surveiller


Battle for Ukraine d’Andreï Kontchalovski (grand cinéaste russe derrière Maria’s Lover, The Inner Circle, etc.) livre un documentaire très fouillé, semble-t-il, sur l’Ukraine. Avec force témoignages, il scrute l’avenir du pays, qu tente d’échapper à l’emprise de la Russie et aux mirages de l’Amérique.


La noche enfrente (La nuit d’en face), du regretté cinéaste franco-chilien Raúl Ruiz, se veut songe enchevêtré de passé et de présent, de personnages réels ou imaginaires. Des fantômes, issus du royaume des morts ou de sa propre enfance, viennent visiter un homme pour bientôt l’emporter.

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