Magnus Isacsson 1948-2012 - Mort d’une conscience engagée

Magnus Isacsson
Photo: Archives Magnus Isacsson

Certaines personnes apportent à une société un idéal de vie et contribuent, par la ferveur de leur engagement, à élever les débats auxquels elles se frottent. Ainsi en est-il du documentariste montréalais Magnus Isacsson, cinéaste doté d’une immense force de frappe et homme d’exception. Emporté par le cancer à l’âge de 64ans, il a tiré jeudi sa révérence, mais c’est toute une éthique de générosité tournée vers l’action qui s’efface avec lui. D’une intégrité peu commune en notre ère de cynisme, s’il est un créateur qui s’est attelé à combattre l’exploitation sous toutes ses formes, c’est bien celui-là. Sa fine silhouette, son regard curieux, son courage de documentariste d’enquête au long cours manqueront lourdement à notre paysage.

Toujours sensible à l’aspect humain derrière les grands enjeux qui balaient trop de destinées, il a abordé dans ses documentaires les problématiques sociales et politiques en se plaçant constamment à hauteur d’hommes.


Né en Suède en 1948, il avait enseigné au Zimbabwe et en Afrique du Sud dans le cadre de Vidéo Tiers-Monde. Immigré ici en 1970, il signa près de 20 documentaires indépendants et engagés dès 1986. En 1990, avec Koivo, enfant de l’espoir, il abordait les luttes de libération en Namibie, puis l’année suivante, la famine en Éthiopie dans Cendre et moissons. Toujours en 1991, Uranium, sur la contamination des terres autochtones par les mines d’uranium, fut primé au Festival de Yorkton. Son engagement, il l’a mis également au service du documentaire, considéré longtemps comme le parent pauvre de la fiction. Il fut de l’équipe fondatrice des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, vice-président de l’Observatoire du documentaire. L’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec lui avait octroyé son prix Lumières en 2004.


Une longue suite de lauriers a jalonné sa carrière. Le grand tumulte, sur la grève du Front commun des employés du secteur public du Québec, lui valut en 1997 le prix de la meilleure série documentaire de l’Office des communications sociales. La même année, Tension (Power), vrai cri d’alerte sur la lutte des Cris contre le projet de Grande-Baleine, fut primé à Paris et à Lausanne.


Hier le président de l’ONF, Tom Perlmutter, déclarait vouloir poursuivre et honorer son engagement à l’égard de la justice sociale. La productrice Germaine Wong saluait un homme d’un rare niveau de conscience : « Devant toute injustice, il se sentait le devoir de la rectifier. » Michelle Van Beusekom, du programme anglais de l’ONF, rappelait à quel point il avait intégré l’idéal du documentaire, qui consiste à changer le point de vue des gens en leur offrant une plus vaste ouverture.


C’est à Magnus Isacsson - aux côtés de Malcolm Guy et d’Anna Paskal - qu’on doit Opération SalAMI, qui abordait en 1999 la désobéissance civile d’un groupe d’altermondialistes (film primé par l’Association des critiques de cinéma du Québec). Il a réalisé aussi l’émouvant et punché Enfants de choeur, sur la chorale de l’Accueil Bonneau. Ses derniers films, réalisés en combat contre la maladie, sont Ma vie réelle, sur les jeunes en difficulté de Montréal, qu’on verra à l’automne et Granny Power, sur le militantisme du troisième âge, encore en production.

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