Le voyage en ballon

À l’avènement de l’animation par ordinateur, le cinéma d’animation dite traditionnelle accusa une baisse de popularité considérable et devint pendant un moment l’apanage presque exclusif des festivals, les multiplex n’en ayant plus que pour Pixar et ses ersatz. Exception faite des oeuvres des studios Ghibli et de celles de sa figure de proue, le cinéaste Hayao Miyazaki, les longs métrages d’animation entièrement exécutés à la main ont eu du mal à déplacer les foules au cours des 15 dernières années. Depuis 2009, après un processus louable d’essais et erreurs, les vénérables studios Disney sont parvenus à imposer de nouveau leur technique d’autrefois tout en conservant la faveur du public. Zarafa, une production française dotée d’un budget de 8,2 millions d’euros (un peu plus de 10 millions $CAN), témoigne de ce regain d’intérêt pour l’animation traditionnelle. Rien qu’en France, en effet, le film a cumulé 1,3 million d’entrées.

Pour le compte, l’indice nostalgie se révèle très élevé dans le récit lui-même. Campée au Soudan dans les années 1820, l’intrigue relate les péripéties de Maki, un garçon de 10 ans qui, après s’être enfui de chez un esclavagiste français, se fait le protecteur d’un girafon, Zarafa. Après que l’animal eut été capturé par un chasseur, Maki continue de surveiller son ami de loin en loin jusqu’à ce que le chasseur, un certain Hassan, consente à le prendre avec lui. Leur destination ? Alexandrie. En effet, le vice-roi d’Égypte entend offrir le girafon à Charles X afin que le monarque français lui envoie des troupes. C’est que le port d’Alexandrie est assiégé par les Turcs ! Mais justement, comment envoyer Zarafa en France dans ces conditions ? Mais, en ballon, pardi !


Librement inspiré d’un fait historique, à savoir la girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali en 1827, Zarafa relève du conte initiatique, mais il n’évacue pas la leçon d’histoire pour autant. Avec ses paysages exotiques et son intrigue à la Jules Verne, Zarafa dégage un charme suranné irrésistible. On parle d’une aventure plus grande que nature, fertile en rebondissements, avec les gentils très gentils et les méchants très méchants. Oui, les personnages sont typés, mais ils n’en sont pas moins savoureux. Les auteurs ont même pensé offrir aux cinéphiles un clin d’oeil à Zorba le Grec, avec un personnage d’aventurière surnommée Bouboulina qui part couler des jours plus tranquilles en Grèce. Comment résister ?