Gore Vidal 1925-2012 - Mort d’un enfant terrible

Le romancier Gore Vidal, mort mardi à l’âge de 86 ans des suites d’une pneumonie à son domicile de Los Angeles, était une institution irrévérencieuse de la littérature américaine. Il se signale par son goût de la provocation mais aussi une culture et une puissance de travail hors du commun.
Photo: La Presse canadienne (photo) Le romancier Gore Vidal, mort mardi à l’âge de 86 ans des suites d’une pneumonie à son domicile de Los Angeles, était une institution irrévérencieuse de la littérature américaine. Il se signale par son goût de la provocation mais aussi une culture et une puissance de travail hors du commun.

Historien, écrivain, dramaturge, activiste, polémiste, scénariste et acteur occasionnel, Gore Vidal est décédé mardi dans son domicile d’Hollywood Hills à l’âge de 86 ans. Il aurait succombé à des complications liées à une pneumonie. Né Eugene Louis Vidal à West Point, dans l’État de New York, le 3 octobre 1925, il aura beaucoup fait parler de lui au cours d’une carrière longue, diversifiée, et souvent controversée.


Fils d’une aspirante actrice et d’un riche entrepreneur en aéronautique ayant dirigé le Bureau du commerce aérien sous l’administration Roosevelt, Gore Vidal mariera les deux passions de ses parents : le culturel et le politique. Écrit à 19 ans, son premier roman Williwaw s’inspire de son service militaire dans une base de l’Alaska durant la Deuxième Guerre mondiale. Publié en 1948, Un garçon près de la rivière fait scandale : il brosse le portrait nuancé d’un protagoniste homosexuel qui - c’est une première - ne meurt pas à la fin pour avoir défié l’ordre moral américain !


En 1956, le studio MGM embauche Gore Vidal comme scénariste. Sans en prendre le crédit, il réécrit de grands pans du scénario de Ben-Hur, le légendaire drame épique de William Wyler. Dans le documentaire de 1995 The Celluloid Closet, qui traite de l’évolution de l’image des gais dans les films hollywoodiens, Vidal relate avec amusement comment l’acteur Stephen Boyd (qui interprète Massala) était conscient du sous-texte gai dans la relation qu’entretiennent son personnage et Ben-Hur, une lecture que Charlton Heston nia toujours avec véhémence.


En 1959, Gore Vidal adapte pour le réalisateur Joseph L. Mankiewicz la pièce Soudain, l’été dernier, de Tennessee Williams, une production sous surveillance parce qu’abordant des thèmes explosifs comme la pédophilie, l’inceste et le cannibalisme. Il s’intéresse simultanément au théâtre, signant plusieurs pièces à succès, dont Que le meilleur l’emporte, en 1960, qui lève le voile sur les coulisses peu reluisantes d’une course à l’investiture d’une formation politique manifestement basée sur le Parti démocrate. Au printemps 2012, le cinéaste Mike Nichols (The Graduate) remonte la pièce à Broadway. La critique ne manque pas de signaler que le propos de celle-ci reste éminemment actuel.

 

Un patriote critique


Dans l’ouvrage autobiographique L’histoire à l’écran, les souvenirs que Gore Vidal conserve de divers films l’amènent à commenter certains événements politiques. Hormis son intérêt marqué pour la machine hollywoodienne, il se penche sur plusieurs aspects de l’histoire américaine dans différents essais et romans. Très critique vis-à-vis de sa nation, il n’en demeure pas moins un ardent patriote. Dans le documentaire Why We Fight, il laisse entendre que le président Roosevelt a incité les Japonais à attaquer Pearl Harbor afin d’accélérer l’entrée en guerre des États-Unis. Ses joutes verbales de plus en plus violentes avec le commentateur conservateur William F. Buckley lors de la présidentielle de 1968 sont passées à l’histoire, entre autres coups de gueule célèbres.


Jamais tendre à l’égard des politiciens républicains, il dira de Ronald Reagan qu’il représente « le triomphe de l’art de l’embaumement », qualifiant quelques années plus tard George W. Bush d’homme « le plus stupide des États-Unis ». Membre de l’association gauchiste World Can’t Wait, il va même jusqu’à réclamer l’inculpation de ce dernier pour crimes contre l’humanité. Gore Vidal a lui-même tenté d’être candidat démocrate à deux reprises, sans succès, en 1960 et en 1982.


Acteur à ses heures, il apparaît notamment, et de manière fugitive, dans Roma, de Federico Fellini, ainsi que dans le drame de science-fiction Gattaca, d’Andrew Niccol, dans le rôle d’un p.-d.g. meurtrier. Fervent défenseur de la thèse que tout être humain est naturellement bisexuel, il a une brève liaison avec l’actrice Joanne Woodward avant qu’elle épouse Paul Newman. Le couple le soutiendra plus tard dans ses velléités politiques. D’ailleurs, Vidal se plaît en compagnie des stars et des personnalités artistiques célèbres, avec qui il multiplie les amitiés. Anaïs Nin est au nombre de celles et ceux qui ont affirmé avoir partagé son lit, ce que Gore Vidal nie dans son autobiographie Palimpseste, se plaisant toutefois à dire : « Je ne rate jamais une occasion de faire l’amour ou de faire une apparition à la télévision. » Il a partagé sa vie avec Howard Austen de 1950 jusqu’au décès de ce dernier, en 2004. En 2009, la Fondation nationale du livre lui a décerné une médaille pour sa « contribution distinguée aux lettres américaines ».

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1 commentaire
  • Bernard Boileau - Inscrit 2 août 2012 07 h 11

    Et ses romans?

    Et il a également écrit de très bons romans...