Karlovy Vary - Du carburant dans le Camion de Rafaël Ouellet

«J’aime beaucoup vanter le travail de mon équipe, aussi ça fait drôle de recevoir un prix individuel comme celui-là», confiait ce week-end au Devoir le cinéaste québécois Rafaël Ouellet, peu après avoir reçu au Festival international du film de Karlovy Vary le Globe de cristal de la mise en scène pour son excellent Camion. Mais à bien y penser, poursuit-il, un réalisateur ne peut pas être bon sans que son équipe le soit aussi, aussi j’étais très content de pouvoir, dans mon discours de remerciement, lui lever mon chapeau»

Le prix de la mise en scène, une première pour un film québécois dans cet événement tenu dans une station thermale de la Bohème occidentale (en République tchèque), s’accompagne du prix œcuménique, qui met en lumière les qualités humaines de ce drame campé dans le Témiscouata, racontant les retrouvailles d’un camionneur sexagénaire (Julien Poulin), en panne de moteur depuis qu’il a été impliqué dans un accident mortel, et de ses deux fils sur la voie de service de l’existence (Stéphane Breton et Patrice Dubois). 
 
«Peu à peu, au moyen d’une narration intimiste, les conflits entre les personnages se dévoilent, fait remarquer le jury œcuménique dans son libellé. La nature grandiose reflète les changements quasi imperceptibles qui s’opèrent au sein de la famille, conduisant chacun à regarder l’avenir sous un jour différent, et à transformer sa vie en un défi positif».
 
Bien que le Prix œcuménique soit, pour Ouellet, arrivé du champ gauche, le cinéaste à qui l’on doit aussi Le Cèdre penché et Derrière-moi comprend en quoi il a pu toucher ce jury: «Camion véhicule des valeurs nobles et universelles, et culmine sur un dénouement lumineux qui, sans se conformer au happy-end traditionnel, ouvre sur l’espoir», dit-il.
 
De son avis et de celui de tous les observateurs, ces deux prix mettent du carburant dans le réservoir de ce Camion, notamment en attirant sur lui l’attention des programmateurs de festivals internationaux, dont plusieurs se sont déjà manifestés. Son lancement au Québec, sous la bannière de K-Films Amérique, est prévu pour le 17 août.
 
Palmarès

Le jury présidé par le directeur du New York Film Festival Richard Pena, et auquel prenait part le comédien québécois François Papineau, a remis son Grand Prix au Norvégien Martin Lund, pour sa comédie The Almost Man. Ce film est également récipiendaire du prix d’interprétation masculine remis à Henrik Rafaelsen, ex-aequo avec Eryk Lubos, excellent en tueur dérouté dans To Kill a Beaver, du Polonais Jan Jakub Kolski.
 
Le Prix Spécial du Jury a quant à lui été attribué au drame politique Piazza Fontana: The Italian Conspiracy, du réalisateur italien de Nos meilleures années Marco Tullio Giordana, racontant en sorte de minisérie condensée un attentat à la bombe meurtrier survenu en 1967. Le prix de la meilleure actrice est allé à Leila Hatami — qui était l’héroïne du récent Une séparation — pour son rôle dans The Last Step, de l’Iranien Ali Mosaffa. Ce film a également reçu le Prix de la FIPRESCI (la presse internationale).
 
Présence canadienne au FIFKV
 
Rappelons que la présence canadienne au FIFKV était cette année la plus forte de son histoire, avec pas moins de dix longs métrages, dont trois films québécois en première mondiale. Outre Camion, le festival a présenté Les Manèges humains, de Martin Laroche, ainsi que Mars & Avril, de Martin Villeneuve.

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