Helen Mirren, femme de lumière

Helen Mirren ce matin au Festival international de Karlovy Vary.
Photo: La Presse canadienne (photo) Vit Simanek/AP CTK Helen Mirren ce matin au Festival international de Karlovy Vary.

Karlovy Vary – Avec une pensée pour Nora Ephron (Sleepless in Seattle), scénariste et cinéaste américaine décédée il y a quelques jours, l’actrice anglaise Helen Mirren a tenu à rendre hommage aux femmes qui travaillent derrière la caméra lors d’un bref mais vibrant discours de remerciement vendredi soir au Festival international de Karlovy Vary (FIKV), où elle a reçu un prix hommage, soit le Globe de Cristal, pour l’ensemble de sa carrière.

À la demande des journalistes réunis pour l’entendre en conférence de presse ce samedi matin, l’actrice oscarisée pour son rôle d’Elizabeth II dans le film The Queen, a rajouté: «Il y a beaucoup de femmes dans l’industrie du cinéma, mais trop peu dans les équipes de tournage, et pas assez comme réalisatrices».

Devant la caméra, même combat. L’ex-Jane Tennyson de la série policière Suspect numéro 1 aime bien rappeler que pour dix grands rôles masculins, on n’en trouve qu’un ou deux pour les femmes: «Je me plais à répéter [aux cinéastes, scénaristes, producteurs] qu’ils n’ont pas besoin d’écrire de rôles pour des femmes. Qu’ils n’ont qu’à les écrire pour des hommes puis à leur donner un nom féminin. Vous verrez, que je leur dis, ça fonctionne très bien aussi».

On peut difficilement imaginer, dans le contexte d’un hommage à une carrière qui compte pas moins d’une quarantaine de films, oeuvre moins représentative pour en souligner l’excellence que The Door, un téléfilm d’une ringardise soviétique signé Ivan Szabo (Mephisto). Dans un Budapest théâtral d’outre-Mur, celle qui fut l’inoubliable femme adultère dans Le Cuisinier, le voleur, sa femme it son amant de Peter Greenaway campe sans grande subtilité une femme de ménage au lourd passé.

La projection de The Door devant la presse a semé la consternation, et il en fut à peine question durant la conférence de presse où Mirren, très en verve en compagnie de son mari, le cinéaste Taylor Hackford (An Officer and a Gentleman, Ray), a longuement parlé de films plus importants à ses yeux: White Nights, qui marque sa rencontre avec ce dernier, The Last Station, dans lequel elle jouait l’épouse de Tolstoï, et puis bien sûr The Queen, programmé à la télévision nationale tchèque le même jour. Ce rôle d’Elizabeth II, Mirren l’a abordé en s’inspirant des peintres qui ont fait son portrait, ou des auteurs qui ont écrit sa biographie. «Ça n’est pas une réplique, mais une interprétation, comme artiste, de ce qu’elle est ou de l’idée que je me fais d’elle. Dès l’instant où j’ai choisi de considérer mon travail comme celui d’une portraitiste, j’ai été libérée de la terreur de la jouer».

Elle vient de terminer le tournage de Hitchcock, dans lequel elle incarne l’épouse du grand maître du cinéma, à son avis une des grandes héroïnes méconnues du 7e art. «Elle était très proactive dans la création des films de son mari et ce dernier reconnaissait ouvertement sa contribution. J’étais heureuse de pouvoir, à travers ce film [attendu en février 2013], la sortir de l’ombre».

Martin Bilodeau est en République tchèque à l’invitation du Festival international de Karlovy Vary.

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7 commentaires
  • Denis Raymond - Inscrit 30 juin 2012 16 h 58

    Inspirante

    Nous avons besoin de cette femme pour donner un sens au 7e Art, celui d'aujourd'hui. Elle a raison de mettre en importance le film ''The Last Station''. Quand j'ai vu le film j'ai encore été étonné de sa palette de couleur en interprétation. C'est une Dame comme actrice et dans ses rôles. Si je puis me permettre une comparaison afin de saisir son attitude comme actrice, elle me fait penser à Deborah Kerr, aussi britannique. Sharon Tate disait d'elle qu'elle était une Dame et une actrice exceptionnelle(Eye of the Devil-1967, de J.Lee Thompson, le film le plus significatif de Tate).
    Wow et quel bonheur de la voir dans le rôle de la femme d'Hitchcock. On en redemande.

    • France Marcotte - Abonnée 1 juillet 2012 08 h 32

      Ce qu'elle dit au sujet de la présence des femmes dans l'industrie du cinéma vous inspire-t-il aussi?

    • Denis Raymond - Inscrit 1 juillet 2012 12 h 44

      Oui bien sûr. Je croyais que c'étais clair quand je dis ''un sens au 7e Art''. Dans cette vision globale la femme a son importance au cinéma, elle vient donner sa vision et de son senti.

    • France Marcotte - Abonnée 1 juillet 2012 14 h 10

      "...la femme a son importance au cinéma".

      Vous ne voyez vraiment rien qui cloche dans cette remarque?

  • France Marcotte - Abonnée 1 juillet 2012 09 h 06

    Ce qu'elle dit...

    «L’ex-Jane Tennyson de la série policière Suspect numéro 1 aime bien rappeler que pour dix grands rôles masculins, on n’en trouve qu’un ou deux pour les femmes: «Je me plais à répéter [aux cinéastes, scénaristes, producteurs] qu’ils n’ont pas besoin d’écrire de rôles pour des femmes. Qu’ils n’ont qu’à les écrire pour des hommes puis à leur donner un nom féminin. Vous verrez, que je leur dis, ça fonctionne très bien aussi».»

    N'est-ce pas une déclaration étrange?

  • France Marcotte - Abonnée 1 juillet 2012 09 h 11

    Ce que je comprends

    Elle dit, par cette déclaration, que les hommes et les femmes ne sont pas différents au fond; les caractéristiques humaines sont universelles, les différences sont question de perception et de conditionnement.
    Et elle a sans doute raison.

    J'aime beaucoup l'humour de cette femme.

    • Denis Raymond - Inscrit 1 juillet 2012 12 h 57

      Effectivement. Ça pourrait être aussi ce moment de cinéma du film ''M. Butterfly'' de David Cronenberg où ce rôle est joué par Jeremy Irons. Homme ou femme l'interprétation de J.Irons se confond dans les genres, tout comme dans le théâtre Nô.