Amazones des grandes utopies

Certaines sont écrivaines, philosophes, artistes, ou sans autre titre que celui d’avoir rêvé à l’autarcie. Le patriarcat, toujours vivace, nuit à l’épanouissement des femmes de quelque orientation sexuelle qu’elles soient, la chose est entendue, mais cette évasion ne pouvait résoudre, on s’en doute, tous les problèmes. Et quand on entend des lesbiennes, qui s’étaient quand même mariées, soulever la question : « Que faire avec les enfants mâles ? », le cul-de-sac est béant, et la nécessité de transformer le système de l’intérieur, tâche à laquelle d’autres se sont attelées, paraît seule réaliste.


Les interviews contemporaines sont fascinantes, tout en comportant plusieurs relents de nostalgie, mais les images d’archives et photos d’époque de ces communes d’amazones se révèlent plus éloquentes encore, avec leurs magasins, leurs librairies, leurs restaurants, leurs aires de vie. Les régions rurales leur paraissaient plus propices aux îlots parallèles que les villes, mais les dissensions entre elles étaient grandes et les prises de bec nombreuses un peu partout. Les Afro-américaines, par exemple, se sentaient réfractaires au séparatisme, perçu comme une forme de racisme.


Par-delà les visions du monde qui s’affrontaient, on comprend que le lesbianisme fut pour elles bien davantage qu’une orientation sexuelle, mais une expérience sensorielle, politique, artistique, parfois mystique, laissée un peu en plan. Un mouvement qui a néanmoins laissé des traces. « On ne s’est pas endormies, on reste les êtres politiques qu’on a toujours été, qu’on est devenus comme jeunes adultes et qu’on sera jusqu’à notre mort », conclut la Montréalaise Lise Moisan.

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