Un terrible navet

Photo: AZ Films

La naïveté de cette comédie musicale qui mélange le romantisme de midinette à une dénonciation sociale n’a d’égal que son amateurisme. Les bonnes intentions n’accouchent hélas parfois que de terribles navets. Et cette histoire d’amour improbable et mal tissée entre une jeune fille d’origine maghrébine (Leïla Bekhti) qui rêve de devenir avocate pour sortir de sa cité et un fils à papa en décapotable (Benjamin Siksou) cherche sans doute à revisiter le conte Cendrillon. En lui adjoignant le drame des sans-papiers, ça fait beaucoup, surtout à Paris au clair de lune.

Car on y chante du Michel Delpech et du Jacques Brel, entre autres, et on y danse ; il y a même un numéro à la Bollywood. Les clichés abondent au point d’en noyer l’écran. Le conflit de classes de ce Roméo et de cette Juliette est au coeur de l’affaire, puisque Gabriel le prince charmant, fils d’un chef de police (Nicolas Briançon) et d’une mère malheureuse et avinée (Chantal Lauby), doit se marier bientôt avec une bourgeoise de son rang (Cécile Cassel). Or il s’est amouraché de Leïla, la hors-caste, et comme la copine de celle-ci menace d’être expulsée sous condamnation du papa de Gabriel, rien ne va plus.


Le kitsch est partout : dans ce scénario impossible et cucul, dans les chansons, la romance, le salon de coiffure de la cité, où chacun a le nez dans les affaires du voisin puis s’en désintéresse sans crier gare, dans la jalousie de la fiancée officielle qui danse aussi. Les coins sont tournés tellement rond qu’on se demande où le regard d’auteur de cette cinéaste française a pu se terrer en pareil méli-mélo ringard et prévisible, étalé sur la peau de banane de sa candeur.