Être ou ne pas être le garçon rêvé

Une scène du film Tomboy
Photo: Métropole Films Une scène du film Tomboy

L’émouvant et subtil Tomboy, de la Française Céline Sciamma, prend l’affiche aujourd’hui, sur fond d’identité fuyante d’un garçon manqué.

La jeune Céline Sciamma nous avait éblouis en 2007 avec son film La naissance des pieuvres, prix Louis-Delluc de la première oeuvre en France. Ce vrai bijou initiatique sur un univers d’adolescentes révélait un regard personnel et une sensibilité hors du commun.


Elle aurait pu tout se permettre, mais choisit plutôt de tourner dans l’urgence. Avec en plus un appareil photo caméra, gage de souplesse, porteuse d’un grain, de l’esthétique du film minute. « Tomboy s’est fait très vite, dit-elle. Scénarisé en trois semaines au printemps, tourné en août en 20 jours avec 14 personnes à l’équipe, j’ai eu envie de travailler autrement. Pas question pour moi du deuxième film avec le vrai budget, mais d’une liberté accrue pour une oeuvre d’été et solaire, tournée en extérieurs. » Elle s’était donné une règle : pas plus de 50 séquences, et l’a respectée.


Tomboy est le récit tout simple d’une fillette qui se déguise en garçon. Après un déménagement, disant s’appeler Michaël, Laure se fait une copine et un groupe d’amis, qu’elle leurre sur son identité. « Un simple quiproquo et les rapports enfantins s’en trouvent affectés. »


Mais tout reposait sur l’interprète âgé de 11 ans. « Et aussi étrange que ça puisse paraître, Zoé Héran s’est pointée au casting le premier jour. La perle rare : un visage androgyne doublé d’une vraie tête de cinéma. Et une fille avec la passion du foot qui accepta de couper ses longs cheveux. » Pour les autres enfants, des trouvailles, comme Jeanne Disson, une fillette de neuf ans venue incarner celle qui s’éprend de Laure-Michaël.


« Dans mon scénario, je n’ai rien voulu expliquer, précise la cinéaste. Laure est ainsi, elle préférerait être un garçon, vit le trouble d’une double identité. Tout mon film est à hauteur d’enfants, la caméra appareil photo nous y a aidés, avec des parents tendres qui parfois doivent trancher. On abordait aussi la violence des rapports enfantins, le rejet, les mensonges. Je créais des situations ludiques pour susciter le naturel des enfants. »


Céline Sciamma a travaillé beaucoup sa mise en scène, ses cadrages pour offrir aux enfants une armature. « Sinon, ils seraient restés dans l’imprévu, dans l’à-peu-près. Mais parfois, au cours d’une prise de parole collective, je les laissais un peu improviser. Ce fut un tournage exigeant. Tourner avec des enfants n’est pas facile. »


La cinéaste n’en revenait pas : avec ce film minimaliste, quasiment une gageure, elle a rejoint en France une audience de 300 000 personnes. « Et Tomboy est vendu dans 30 pays. » Appelons ça une grâce.


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Cette entrevue a été réalisée à Paris à l’invitation d’Unifrance.

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