Cinéma - Ego planétaire

La démarche a fait rêver, a fait sourire… et a fait grincer des dents. Guy Laliberté, fondateur et âme dirigeante du Cirque du Soleil, est déjà partout présent sur la planète. Que diable allait-il faire dans l’espace ? À l’automne 2009, il est devenu l’un de ces rares touristes à pouvoir contempler la Terre à partir de l’immensité des cieux, faisant de son voyage un spectacle. D’autres y voyaient strictement une entreprise vaniteuse.

Le clou de cette escapade, qualifiée de « mission poétique et sociale », était composé d’un texte de l’écrivain Yann Martel lu en plusieurs langues et diffusé simultanément dans 14 villes du monde. Cet événement, dont le retentissement international fut plutôt mitigé, est rapidement évoqué dans le documentaire Toucher le ciel, d’Adrian Wills. Cet habitué des coulisses du Cirque du Soleil avait observé la genèse du spectacle-hommage aux Beatles, Love, dans le documentaire All Together Now.


Dans Toucher le ciel, c’est Laliberté la vedette, capable de s’offrir un billet pour les étoiles, mais forcé de subir un entraînement intensif, et condensé, pour côtoyer des astronautes qui se préparent parfois depuis plus d’une décennie. Au coeur de Star City, une petite ville en banlieue de Moscou où furent formées des générations d’astronautes russes, et maintenant de tous les pays, Guy Laliberté semble moins à l’aise que sur ses échasses au début de sa carrière ou en compagnie de vedettes comme les membres du groupe U2. Adrian Wills observe le dur labeur de celui qui n’a jamais rechigné à travailler, mais qui reconnaît candidement avoir quitté l’école à l’âge de 14 ans. Alors, l’apprentissage obligatoire du russe pour celui qui a du mal à définir ce qu’est un adverbe ou l’infinitif…


Monter à bord d’une fusée Soyouz pour rejoindre la Station spatiale internationale, le temps de quelques jours d’apesanteur avant de revenir (brutalement) sur Terre, c’est un luxe dont Guy Laliberté reconnaît la valeur pécuniaire et l’exigence physique. Mais il faut bien admettre que le détail de ces mois de préparatifs s’avère le plus souvent superficiel, montrant rarement l’apprenti astronaute dans des échanges nourris avec ses camarades. Certains s’avèrent sceptiques, pour ne pas dire hostiles, devant cette marchandisation de l’espace par le gouvernement russe ; la chose sera évoquée, sans plus, le cinéaste privilégiant les entrevues individuelles avec son sujet, et patron.


Au-delà de ses qualités visuelles, particulièrement lors des scènes spatiales, Toucher le ciel touche surtout l’ego d’un dilettante de l’espace, s’effaçant bien peu devant des collègues moins connus, mais non moins méritoires. Avec les allures d’infopub de ce film sans bavures esthétiques et, comme le veut le genre, dépourvu de sens critique, on préférera le Guy Laliberté faisant tourner des ballons sur son nez, et sur la terre ferme.


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