Comic-Con de San Diego: un fanatisme culturel décrypté par Morgan Spurlock

Le Comic-Con de San Diego, visité en 2010 par Morgan Spurlock pour ce documentaire, est ce haut lieu de la culture de l’anticipation et des univers parallèles qui permet aux 130 000 personnes qui y succombent d’y vivre du coup dans une autre dimension, relate le documentariste.
Photo: Source: Les Films Séville Le Comic-Con de San Diego, visité en 2010 par Morgan Spurlock pour ce documentaire, est ce haut lieu de la culture de l’anticipation et des univers parallèles qui permet aux 130 000 personnes qui y succombent d’y vivre du coup dans une autre dimension, relate le documentariste.

Il avait donné du volume à sa réputation en 2004 avec son Super Size Me qui explorait l'obsession de l'Amérique pour sa malbouffe. Huit ans plus tard, le documentariste américain Morgan Spurlock se penche sur un autre fanatisme: celui qui depuis 1970 rend obèse le Comic-Con de San Diego, cette délirante convention annuelle d'accros aux superhéros, à la bande dessinée, aux jeux vidéo, au cinéma fantastique, à la science-fiction en format télévisuel... Le tout pour un autre et séduisant portrait des États-Unis par ses excès. Forcément.

Comic-Con Episode IV: a Fan's Hope (Comic-Con épisode 4: l'espoir des fans) qui prend l'affiche ce vendredi au Québec, c'est l'histoire de Holly, de Chuck, de James et Se Young Kang, de Skip et d'Eric qui pendant près d'une heure trente se retrouvent sous l'oeil du documentariste au coeur de cette grand-messe de geeks, d'adolescents attardés, de collectionneurs, de personnificateurs de super héros, d'aspirants bédéistes, de jeunes, de vieux, de Sylvester Stallone, d'Angelina Jolie, d'Olivia Wilde — elle a joué dans Tron, le film —, d'enfants, de troublés, de troublants et de fous... Pour ne citer qu'eux.

Il y a la jeune créatrice de costumes inspirés par les jeux vidéo qui rêve de faire sensation à la Mascarade, le grand spectacle où les créateurs livrent leur création et leur succès potentiel à la merci d'un jury. Il y a le petit couple qui s'est rencontré là l'année précédente et qui a bien l'intention de revenir l'année d'après pour un voyage de noces. Il y a aussi ce soldat qui dessine comme un dieu et ce vieux vendeur de bandes dessinées qui rêve de vendre à prix fort son exemplaire de Red Raven, no 1, sorti d'un coffre-fort et transporté par deux gardes du corps à la convention.

Et puis il y a ce jeune barman avec ses bandes dessinées au mimétisme qui n'attire pas les éditeurs, qui va pleurer et qui, avec les autres, compose cette faune de fanatiques que Spurlock, sans juger, ni dénigrer, cherche à apprivoiser pour mieux décoder les fondements de leurs obsessions et surtout l'épopée personnelle que tout ça les amène à vivre.

Dynamique dans son montage, avec ses intercalaires en bande dessinée, l'objet cinématographique dresse aussi le vrai portrait de cette convention en l'honneur des univers fantastiques, sur tous ces supports, qui, depuis 1970, s'est doucement éloignée de son sujet premier, la bande dessinée, pour se faire plus commerciale, plus télévisuelle, plus cinématographique, plus carnavalesque... pour le plus grand bonheur de l'industrie qui donne des ailes à toutes ces obsessions qui pour plusieurs se vivent comme des religions. «Les producteurs [de films et de téléséries] y viennent désormais tester de nouveaux concepts», entend-on, tout en flattant dans le sens du poil ce bassin très payant de fidèles capable d'acheter deux fois la même figurine, pour mieux en garder une dans une boîte, dans un coffre et de fanas des produits dérivés liés aux mondes dans lesquels ils aiment s'évader du réel.

Le Comic-Con de San Diego, visité en 2010 par Spurlock pour ce documentaire, fait également partie de ces mondes. Et pour cause: ce haut lieu de la culture de l'anticipation et des univers parallèles permet aux 130 000 personnes qui y succombent d'y vivre du coup dans une autre dimension, relate le documentariste. Une dimension dans laquelle, pour une fois et pendant quatre jours, ils sont finalement normaux.

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