Entretien avec Yann Samuel - Redonner le goût de la nature

En tournant , Yann Samuel ne cherchait pas a? faire un remake du film d’Yves Robert, mais a? adapter le bouquind’origine.<br />
Photo: Source AZ Films En tournant , Yann Samuel ne cherchait pas a? faire un remake du film d’Yves Robert, mais a? adapter le bouquind’origine.

Il y eut d'abord le roman de Louis Pergaud publié en 1912. Dans la campagne française de la fin du xixe siècle, il racontait la guerre à laquelle se livraient les enfants de deux villages voisins en prenant les boutons de culottes comme butin. Le livre fit fureur, d'abord porté à l'écran en 1936, puis en 1963 à travers la célèbre adaptation d'Yves Robert. La plainte célèbre du p'tit Gibus: «Si j'aurais su, j'aurais pas venu» fit florès. Un remake britannique a pris le relais en 1995. Puis Yann Samuel (derrière L'âge de raison) a décidé de l'adapter, juste avant que les droits littéraires ne tombent dans le domaine public. L'ennui, c'est que Christophe Barratier (Les choristes) eut la même idée que lui.

La guerre de La guerre des boutons a suivi. Le film de Yann Samuel a gagné les écrans français le 14 septembre 2011, celui de Barratier une semaine plus tard, semant la confusion dans tous les esprits.

«Sauf exceptions [les deux adaptations des Liaisons dangereuses, les biopics de Truman Capote et de Chanel], dans les cas de doublons thématiques, un des deux cinéastes cède le terrain, mais Barratier, qui est arrivé après moi, a transformé l'affaire en course de vitesse, explique Yann Samuel, ce qui a nui aux deux films.» Pas de désastre au guichet, mais des recettes coupées en deux.

Des libertés face au roman


Yann Samuel ne cherchait pas à faire un remake du film d'Yves Robert, mais à adapter le bouquin d'origine. «Or, transposer l'action aujourd'hui ne fonctionnait pas. Les enfants ont des portables, leurs horaires sont surveillés. Ils n'ont plus la même liberté qu'autrefois. Moi, j'avais pu vivre des guerres de village avec mes cousins dans un village de Bourgogne.»

Sa Guerre des boutons se déroule en 1960, et il a pris plusieurs libertés face au roman. Lebrac, le chef de bande, est là, le p'tit gibus aussi (sans la phrase culte, propriété de la succession d'Yves Robert), mais une jeune fille participe à la guerre. Surgit une mère célibataire malheureuse (Mathilde Seigner), se déroule une amourette de jeunesse. Et puis, les enseignants des deux villages (Éric Elmosnino et Alain Chabat) deviennent d'anciens chefs de bande de cette guerre des boutons qui dure ici depuis plusieurs générations.

«Je tenais à ce que tous les jeunes acteurs viennent de la campagne, sachent bouger, monter aux arbres, qu'ils soient non professionnels, mais authentiques, précise le cinéaste. Les dialogues ont été une création collective. On leur livrait les répliques et ils improvisaient autour d'elles. Le plateau comptait 25, 40 enfants, parfois jusqu'à 80 d'un coup.»

Le film fut tourné dans le Limousin. «On n'a pas triché. La classe est une vraie école de village à Bienac. L'église aussi. On a fait pousser les champs à l'ancienne avec de gros sillons. À mes yeux, il était important qu'une vraie guerre se déroule à l'arrière-plan. J'ai choisi celle de l'Algérie.»

Une des scènes clés du roman La guerre des boutons est la bataille des enfants nus. «Yves Robert l'avait un peu bâclée, mais à notre époque, ça devient carrément interdit de dénuder des enfants à l'écran. J'ai dû leur faire confectionner des strings couleur chair et j'ai fait passer les blés au-dessus de la ceinture. Il fallait tourner en plan séquence unique car les blés se trouvaient ravagés après la course, mais ç'a fonctionné, et les enfants, après cette petite prouesse, ont gagné beaucoup de confiance en eux.»

Yann Samuel constate que les enfants des villes ont souvent peur de la campagne et des bêtes. «En tournant ce film solaire, j'espère avoir redonné le goût de la nature au jeune public.»

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