Cinéma - La Junkmation fait son entrée au FFM

Un étrange film d'animation sera présenté au Festival des films du Monde, du 4 au 7 septembre prochain. The Legend of the Sky Kingdom de Roger Hawkins, une coproduction entre le Zimbabwe et l'Afrique du Sud, est conçu en Junkmation. Ce procédé consiste à n'utiliser que des objets recyclés pour créer les personnages et les décors d'un film. L'Afrique est un continent pauvre qui connaît la signification du mot recyclage. N'empêche que le Junkmation a quelque chose de futuriste. Les riches vont être obligés de se mettre eux aussi à l'heure du recyclage, tôt ou tard. L'Afrique leur montre la voie.

Oh! le scénario de The Legend of the Sky Kingdom est trop simpliste et s'adresse aux enfants. L' histoire est celle d'un petit groupe d'enfants de la ville souterraine partis en voyage initiatique vers le royaume du ciel. Mais le procédé est merveilleux: des vis, des boulons, des paires de ciseaux, des ampoules, des yoyos, des bobines de fils, des bouts de ferraille tout rouillés sont mis à contribution pour donner vie à toute une faune, pour créer des paysages et des décors vraiment réussis.

Fabienne Boussin, s'occupe de la programmation Afrique au FFM: (trois courts métrages et neuf longs en tout et pour tout, y compris La Colère des dieux du Burkinabé Idrissa Ouedraogo en compétition). Elle avait suivi le projet de The Legend of the Sky Kingdom en gestation, attendant que le film soit enfin prêt, pour mettre la main dessus.

Le continent noir a été peu présent dans les festivals au fil des ans. Et si ce n'était de Vues d'Afrique, on n'en aurait pas entendu beaucoup parler. Depuis deux ans, Le FFM lui consacre un volet. L'an dernier un En attendant le bonheur du Malien Abderrahmane Heremakono était primé au Festival du Nouveau Cinéma. Les productions africaines commencent à déborder le cadre des vitrines consacrées, pour s'exporter dans les festivals de cinéma plus généraux.

La majorité des films africains viennent du Maghreb; l'Afrique du Nord ayant une production plus imposante qu'au Sud. Fabienne Boussin vous dira qu'il est souvent difficile de savoir à quelle porte cogner en matière de cinéma africain, parce que les infrastructures manquent et les outils de répertoire. «Il faut parfois aller voir du côté de la France, de la Belgique et du Portugal qui coproduisent plusieurs films africains. C'est souvent en passant par les pays du Nord, qu'on trouve les films du Sud», dit-elle. Le fait que le cinéma africain soit appuyé par les pays européens dénature-t-il les oeuvres du Sud? Doivent-ils faire des concessions sur le thème, le traitement de leurs oeuvres? Grandes questions sans cesse posées. «Certains cinéastes prétendent que non. D'autres disent préférer ne pas avoir accès à ces fonds-là, pour garder les coudées franches», répond Fabienne Boussin.

Elle veut attirer l'attention des festivaliers sur le film Désobéissance de Licinio Azevedo, présent au FFM. «Le réalisateur y fait une docu-fiction à partir d'un fait divers: l'histoire d'une paysanne du Mozambique accusée d'avoir causé le suicide de son mari. Il demande aux protagonistes de reconstituer l'action. Il filme aussi ce qui se passe en dehors du tournage, scènes finalement plus intéressantes que la reconstitution elle-même. Il s'avance alors vers un dénouement imprévu, pour lui, pour nous, pour l'équipe. C'est vraiment étonnant.»

«Les films africains, il faut les regarder avec ouverture d'esprit, soutient Fabienne Boussin. Souvent ils n'ont pas le même rythme que les oeuvres occidentales. Dans Mille mois du Marocain Faouzi Bensaidi, présenté au FFM, ce sont les images qui parlent d'abord. L'explication vient ensuite. Il faut mettre de côté nos structures habituelles et suivre une autre logique.»