Une signature autour d'un empire

Claude Legault, Guy A. Lepage et Valérie Blais, les comédiens principaux de L’empire Bo$$é
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Claude Legault, Guy A. Lepage et Valérie Blais, les comédiens principaux de L’empire Bo$$é

Du scandale des clubs de chasse et pêche privés aux fraudes financières à la Norbourg, en passant par l'avènement de la convergence médiatique, L'empire Bo$$é ratisse large et s'indigne, sourire en coin.

Né pour un p'tit pain mais accro à la piastre dès l'enfance, Bernard Bossé fit son chemin dans le commerce de détail puis dans la haute finance, pour finalement devenir maître de l'univers. Plongé dans un coma irréversible, le tout-puissant homme d'affaires revit les grands moments de sa petite existence. Fable grinçante aux cibles éminemment reconnaissables, L'empire Bo$$é met en vedette Guy A. Lepage, Claude Legault et Valérie Blais, qui sont unanimes: si l'expérience fut aussi mémorable, c'est en grande partie grâce à la présence de Claude Desrosiers derrière la caméra.

Depuis une quinzaine d'années, la réalisation des comédies américaines tient souvent à une série de gros plans assemblés de manière à accommoder le format télé (et, à présent, le portable et le téléphone intelligent). À des lieues de cette pratique tâcheronne contagieuse, Claude Desrosiers opta pour la sophistication et l'inventivité.

On avait déjà vanté les qualités cinématographiques de sa télé-série Aveux. Sans surprise, et bien qu'il se fût agi d'une commande, L'empire Bo$$é porte une signature. «Je me suis complètement approprié le matériel, confirme le réalisateur. J'ai convenu d'une approche différente pour le genre en multipliant les plans-séquences afin de conférer une fluidité accrue au récit.» Ainsi, une année entière défile en un seul mouvement d'appareil savamment chorégraphié, entre autres trouvailles.

Des interprètes heureux


Épatante dans son interprétation abrasive d'elle-même dans Tout sur moi, Valérie Blais campe ici l'épouse maladroite et mal-aimée de Bossé, des dents rapportées et des robes en rideaux en guise d'accessoires. Loin de s'en moquer, la comédienne porte un regard plein de compassion sur son personnage. «J'ai été à l'école de Cornemuse, rappelle-t-elle. On passait deux heures au maquillage et personne ne savait qui on était là-dessous. Dans Tout sur moi, on fonctionnait sur le principe de l'humiliation, alors m'enlaidir, ça ne me pose aucun problème d'ego», résume-t-elle. Au passage, elle loue la direction d'acteurs homogène de Claude Desrosiers, qui imposa un ton particulier ne relevant ni du réalisme, ni de la caricature.

Abonné aux figures intenses et tourmentées, Claude Legault incarne cette fois une sorte de Candide «mon-oncle», le meilleur ami de Bossé, dont la fidélité n'a d'égale que la naïveté. Transformé par son expérience, Legault faillit pourtant dire non. «Je m'apprêtais à partir en France avec mon sac à dos. Je voulais changer d'air après deux années éprouvantes. Je n'avais pas l'intention d'accepter quoi que ce soit à mon retour, mais Guy m'a talonné avant que je parte. J'ai lu le scénario, j'ai dit oui, je suis parti, et maintenant que le tournage est terminé, je sais que, dorénavant, c'est dans des projets comme celui-là que je veux m'engager. Des plateaux de gros travail, mais aussi de gros fun où je sais qu'on est content que je sois là.» Pendant son séjour outre-Atlantique, la vedette de 10 1/2 s'est fait le chantre de la gastronomie française, histoire de se sculpter une silhouette plus rebondie. «C'est de l'Actor's Studio», rigole un Claude Legault résolument détendu.

Et Guy A. Lepage? «Bernard Bossé est un "crosseur", tranche-t-il. Son obsession pour le pouvoir et l'argent l'a corrompu. Comme lui, je viens d'un milieu modeste et, en me préparant, je me suis demandé si j'aurais pu tourner comme ça si j'avais été dépourvu d'une conscience sociale. Le film véhicule un message dans sa chronique satirique de Québec inc. C'est un aspect primordial pour moi, cette dimension critique.» Citant la devise du défunt magazine Croc, l'ex-RBO résume bien la thèse de L'empire Bo$$é: «C'est pas parce qu'on rit que c'est drôle.»

Guy A. Lepage joue sa partition de manière surprenante. «Je lui ai proposé la retenue, pour un effet de vérité», explique Claude Desrosiers. Ainsi, le père de Madame Brossard de Brossard devient-il le straight man de ses partenaires, celui qui est là pour les mettre en valeur. «Ça ne me gêne pas du tout, assure le principal intéressé. Je suis un gars de groupe.» L'empire Bo$$é prend l'affiche vendredi prochain.

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Collaborateur du Devoir

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