Réalisatrices équitables souligne les 40 ans du cinéma féminin au Québec

Le groupe Réalisatrices équitables célèbre le 40e anniversaire de La vie rêvée, de Mireille Dansereau (à gauche), qui était hier en compagnie d’Isabelle Hayeur et de Marquise Lepage.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le groupe Réalisatrices équitables célèbre le 40e anniversaire de La vie rêvée, de Mireille Dansereau (à gauche), qui était hier en compagnie d’Isabelle Hayeur et de Marquise Lepage.

En 1972, Mireille Dansereau tournait La vie rêvée, long métrage de fiction libre, sur fond de complicité féminine, de questionnements sur la sexualité et l'identité, de quête idéale de l'homme parfait à démystifier.

Hier, en guise de coup de chapeau, le groupe Réalisatrices équitables célébrait le 40e anniversaire d'un cinéma imaginé par les femmes au Québec. Du 8 au 14 mars, la Cinémathèque québécoise consacrera une rétrospective à Mireille Dansereau, comprenant La vie rêvée, L'arrache-coeur (1979), Le sourd dans la ville (1987) et bien d'autres, documentaires compris. Des capsules avant chaque film évoqueront des anecdotes entourant le tournage, la conception et l'esprit de l'oeuvre. «Où sont les hommes?», lui demandait-on quand elle lança cette Vie rêvée? Mireille Dansereau célébrait plutôt l'irrévérence des femmes au milieu d'une époque de toutes les libertés.

Mireille Dansereau peine à trouver le financement de son prochain film. Celui-ci aborde la maternité, mais fut deux fois rejeté par les institutions. Elle ne perd pas espoir. Son projet précédent a dû avorter, faute de soutien. Elle pense en images plutôt qu'en mots. «On réclame aujourd'hui des scénarios trop formatés, sans respecter le côté organique du cinéma», estime-t-elle. Sa génération, prise en sandwich entre les pionniers de l'ONF toujours en selle et la relève, a moins tourné qu'elle n'aurait dû.

Fabrice Montal, directeur de la programmation à la Cinémathèque québécoise, expliquait hier avoir découvert récemment l'oeuvre de Mireille Dansereau qu'il trouve bien méconnue, tout en considérant cette cinéaste comme une véritable auteure ayant abordé le couple, le rapport au corps, les rôles sociaux, la famille éclatée, en une époque charnière.

Mais cette vision féminine au cinéma est encore bien rare. Moins de 15 % des longs métrages de fiction au Québec ont une femme à leur barre: 5 sur 32, lors des plus récents Rendez-vous du cinéma québécois. Que faire?

Marquise Lepage, présidente de Réalisatrices équitables, annonce la mise en chantier d'un livre de la journaliste et auteure Pascale Navarro et de la sociologue et réalisatrice Anna Lupien, appelé à sortir dans un an.

Une nouvelle étude est en chantier pour ausculter les dessous de la sous-représentation féminine au cinéma. Huit capsules Web sur des réalisatrices de fiction seront lancées sur le site de l'organisme.

«En 2012, on mettra l'accent sur la valorisation des réalisatrices», précise Isabelle Hayeur, vice-présidente du groupe.

Réalisatrices équitables compte cinq ans d'âge. «Et on espère ne jamais se rendre à quarante, sourit Marquise Lepage, car l'équilibre sera atteint d'ici là.» Elle trouve que les stéréotypes ont la vie dure, rappelle que les personnages féminins se vendent moins bien au cinéma que les héros mâles. «Sauf si une cinéaste parle de sexe avec des actrices déshabillées», ajoute Isabelle Hayeur.

Le 8 mars, Réalisatrices équitables recevra à Vancouver, de l'organisme Women in Film and Television, le prix Please Adjust Your Set, pour sa contribution à l'équité hommes-femmes au cinéma. Un baume pour ces filles qui poussent à la roue. Elles brûlent d'intéresser le milieu à ces questions de points de vue féminins à valoriser derrière la caméra... en dehors du 8 mars aussi.
6 commentaires
  • Gilles Roy - Inscrit 6 mars 2012 09 h 32

    Je cite

    «Sauf si une cinéaste parle de sexe avec des actrices déshabillées». Doit-on comprendre qu'il s'agisse d'une pique à l'endroit du film d'Anne Émond? Cinglant, alors. Et pas très utile (du moins, il me semble).

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 6 mars 2012 09 h 49

    5 sur 32

    Ok, accordons la parité aux femmes dans le cinéma
    Mais est-ce qu'en retour RDI et RC pourraient accorder la parité aux hommes aux Nouvelles? C'est rendu qu'on a deux femmes pour un homme aux nouvelles.
    Et que dire de la médecine? C'est rendu à 4 femmes pour un homme à l'admission.
    Vive la parité. Mais partour svp

  • Johanne - Abonnée 6 mars 2012 10 h 43

    En réponse à l'unique commentaire de ce forum et après une durable exclusion des femmes

    Cher Monsieur Rodrigue Tremblay,

    Ne croyez-vous pas,
    qu'après deux millénaires
    voire plus,
    d'exclusion ,
    il soit temps
    de redonner
    à la femme,
    sa chance?


    Et qu'au point oû l'on en est,
    notre époque ne risque pas gros
    d'essayer?

    Je vous invite
    instamment
    et personnellement
    à collaborer
    à cette initiative,
    Monsieur Tremblay.

    Je pense que
    vous ne le regretterez pas...

    Une personne
    qui vous veut du bien,
    Johanne Fontaine

  • France Marcotte - Abonnée 6 mars 2012 11 h 19

    Pourquoi se contenter de l'équité?

    Malgré tout, la référence demeure toujours la performance des hommes comme une norme à égaler et je trouve cela dommage.

    Pourquoi ne pas faire les choses autrement, explorer d'autres sentiers, innover?
    Par exemple, les réalisatrices étant rares et les budgets difficiles à décrocher pour une raison ou une autre, pourquoi ne pas ouvrir de nouveaux territoires en recrutant de nouveaux talents et des moyens de diffusion parallèles par le biais du web par exemple.

    À moins que ces réalisatrices tiennent à garder jalousement l'exclusivité de leur titre et de leurs chances d'emprunter les circuits traditionnels?

  • GermainCM - Inscrit 6 mars 2012 12 h 44

    Faut dire...

    ... qu'il y a peu de femmes réalisatrices dans les industries cinématographiques du monde entier, pas seulement au Québec. L'article semble un peu dire que c'est une réalité ou un problème propre à l'industrie d'ici, alors que c'est loin d'être le cas.

    J'aimerais beaucoup voir plus de femmes à la barre des films d'ici et d'ailleurs, mais je ne sais pas à quel point ça repose sur la société, l'industrie et les institutions financières... Il y a beaucoup de femmes qui travaillent dans le cinéma, devant et derrière la caméra; si peu d'entre elles sont réalisatrices, c'est peut-être aussi par choix?

    Oh, et puis Rodrigue Tremblay, franchement! Vous parlez d'environnements ou c'est la compétence (journalistique, médicale, peu importe) qui définit l'embauche ou l'admission, alors qu'on parle ici d'un point de vue féminin particulier apporté à un cinéma longtemps très masculin par ces écrivaines-réalisatrices. Si c'est rendu à 4 femmes pour un homme à l'admission en médecine ça doit être parce qu'il y a moins d'hommes compétents et c'est tout. Même chose pour les annonceurs de nouvelles.