Mon continent, c'est la musique

Le rappeur sénégalais, Didier Awadi, très populaire dans son pays, devient un véritable ambassadeur de cette parole révolutionnaire et Yanick Létourneau l’observe avec attention tout au long de cette belle croisade.
Photo: Yanick Létourneau Le rappeur sénégalais, Didier Awadi, très populaire dans son pays, devient un véritable ambassadeur de cette parole révolutionnaire et Yanick Létourneau l’observe avec attention tout au long de cette belle croisade.

Le documentaire n'a pas besoin de se coller à l'actualité pour justifier sa pertinence, mais il donne parfois une nouvelle perspective aux remous du présent. À ce chapitre, Les États-Unis d'Afrique: au-delà du hip-hop ne pouvait mieux tomber alors que le Sénégal traverse en ce moment une douloureuse fièvre électorale et que le président sortant, Abdoulaye Wade, modifie la Constitution à sa guise, et à son avantage, pour se maintenir au pouvoir. Du moins jusqu'au deuxième tour, où tout n'est pas encore joué.

Le cinéaste Yanick Létourneau (Chronique urbaine, Je porte le voile) ne traite pas spécifiquement de cette affaire, mais tout son film expose avec force les origines de ces détournements de démocratie, de justice et de ressources naturelles, bref, le pillage d'un continent au profit des puissances occidentales — et de plus en plus asiatiques — depuis des siècles. C'est en chansons, sur des airs de hip-hop, qu'il nous éveille à cette réalité connue, documentée, mais trop souvent ignorée... par les Africains eux-mêmes.

Le rappeur sénégalais Didier Awadi veut combler ce vide avec un album intitulé Présidents d'Afrique et composé des discours des plus grands leaders noirs, pas tous des élus mais toujours bien vivants dans le coeur des militants d'aujourd'hui: Malcom X, Nelson Mandela, Patrice Lumumba, Frantz Fanon, Martin Luther King, Thomas Sankara, etc. Pour bien montrer le caractère universel de leur pensée et son pouvoir rassembleur, Didier Awadi est allé à la rencontre d'autres artistes prêts à marteler ces mots célèbres, toujours pertinents, mais sur des rythmes nouveaux, accrocheurs. Ceux capables d'attirer l'attention des plus jeunes générations, trop souvent tenus dans une ignorance dont profitent les dirigeants; le phénomène est d'ailleurs loin d'être l'apanage des seuls pays africains...

Le chanteur, très populaire dans son pays, devient un véritable ambassadeur de cette parole révolutionnaire et Yanick Létourneau l'observe avec attention tout au long de cette belle croisade, nous faisant ainsi découvrir d'autres figures importantes de ce courant musical qui n'est pas, de prime abord, à la portée de toutes les oreilles. Et pourtant, la passion de Didier Awadi et celle, encore plus contagieuse, de Smockey, originaire du Burkina Faso et capable de faire trembler bien des intolérants, forcent l'admiration. Ils exposent, d'une manière ludique et entraînante, les principaux enjeux qui vont déterminer l'avenir de ce continent dont le salut, pour eux, passe par une immense unification politique pour se tenir debout face à ceux qui veulent les voir à genoux.

Utopie que tout cela? Yanick Létourneau réussit à éveiller nos consciences tout en nous faisant taper du pied. Et si le temps a donné raison à Nelson Mandela et à Barack Obama, Didier Awadi est loin d'avoir poussé sa dernière chanson.

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Collaborateur du Devoir


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