Berlinale - Rebelle de Kim NGuyen doublement récompensé

Le cinéaste Kim Nguyen et la vedette du film Rebelle, Rachel Mwanza, qui a reçu des applaudissements chaleureux de la foule.
Photo: Agence Reuters Morris Mac Matzen Le cinéaste Kim Nguyen et la vedette du film Rebelle, Rachel Mwanza, qui a reçu des applaudissements chaleureux de la foule.

Rachel Mwanza vit un conte de fées. Après avoir ému la Berlinale avec sa composition époustouflante de vérité d’une enfant-soldate dans Rebelle, du Québécois Kim Nguyen, l’adolescente congolaise a reçu samedi soir l’ours d’argent de l’interprétation féminine. 

Quel extraordinaire retournement dans une vie marquée par l’abandon parental, la rue et l’analphabétisme. Mwanza incarne dans la vie la résilience dont son personnage fait preuve dans le film: pareille synchronicité méritait d’être signalée et le jury présidé par Mike Leigh y a été sensible.
 
Elle a reçu son prix des mains de Jake Gyllenhaal, n’avant aucune idée de qui il était: «Elle a fait ça sans gêne, avec beaucoup de grâce», me signale Kim Nguyen, rejoint par téléphone dimanche. M. Nguyen est encore transporté par la joie de ce prix, mais conscient que pour sa jeune vedette, les lendemains peuvent déchanter. 
 
«On va veiller à ce qu’elle garde les deux pieds sur terre, qu’elle focalise son attention sur ses études à son retour à Kinshasa». Bien entendu, il se sent une responsabilité vis-à-vis cette jeune fille qu’il a fait entrer dans la lumière de façon spectaculaire. Mais laissons-la vivre cet instant et savourons son étonnement: «J’ai vu toutes les actrices à l’écran et c’est moi la meilleure?», a-t-elle demandé à son réalisateur après avoir reçu son prix.
 
Récompense suprême aux Taviani

Sans grande surprise et avec raison, la récompense suprême de la Berlinale, l’Ours d’or, est allé à Paolo et Vittorio Taviani (Padre padrone, La Nuit de San Lorenzo) pour leur puissant César doit mourir, unique coup de cœur unilatéral d’un festival marqué par les sujets durs et les propositions austères. Cette réinterprétation de la pièce Jules César dans les murs d’une prison romaine, par des détenus issus pour la plupart de la mafia et de la camorra, méritait la plus haute marche du podium. La récompense redonne un coup de jeunesse à deux cinéastes qui viennent de démontrer que leur parole vaut encore de l’or. 
 
Si Rebelle (qui a aussi reçu une mention du jury œcuménique) avait à mon avis mérité le prix de la mise en scène, attribué à l’Allemand Christian Petzold pour son film Barbara, force est de reconnaître que le jury a fait un excellent travail et reconnu des films de grand mérite. 
 
L’ours d’argent à Just the Wind, du Hongrois Bence Fliegauf, met en lumière le sort malheureux des Roms en Hongrie, à travers une proposition de cinéma vigoureuse. Et si le film est loin d’être flatteur envers le pays qu’il représente, la récompense contribuera peut-être à provoquer une prise de conscience qui du reste doit dépasser les frontières de ce pays. 
 
Le prix d’interprétation masculine est allé à Mikkel Boe Folsgaard pour sa composition convaincante de roi schizophrène dans A Royal Affair, du Danois Nikolaj Arcel. Ce dernier a également reçu l’ours d’argent du scénario (partagé avec Rasmus Heisterberg) pour cette production somptueuse et très classique, programmée à la onzième heure de la Berlinale, juxtaposant l’austérité médiévale du Danemark des années 1760 et l’influence des Lumières. 
 
Le prix du Jury à L’Enfant d’en haut de la Suisse Ursula Meier (Home), celui de la photographie (discutable) au soporifique White Deer Plains et le prix Alfred Bauer attribué à Tabu, du Portugais Miguel Gomez, également récipiendaire du prix de la presse internationale, complètent le tableau d’honneur. 
 
Signalons en terminant que Rebelle n’est pas le seul film canadien au palmarès de la Berlinale. Le court métrage The Man that Got Away, de Trevor Anderson, a remporté le prix DAAD, qui consiste en une résidence de trois mois dans un centre d’artistes berlinois. L’ours d’or dans cette catégorie a été remis à Rafa de Joao Salaviza (Portugal), celui d’argent au film d’animation The Great Rabbitt d’Atsushi Wada (France). 
 
Enfin le prix du meilleur premier long métrage a été attribué à Kauwboy, de Boudewijn Koole (Pays-Bas), programmé dans la section Génération Kplus. La liste complète du palmarès se trouve ici.

Mention spéciale du jury oecuménique

Nguyen a obtenu aujourd'hui une mention spéciale du jury oecuménique pour son film Rebelle.

Le film narre l'histoire de Komona, une adolescente de 14 ans qui raconte à son enfant à naître son passé de soldate et ses amours avec un jeune homme de 15 ans appelé Le Magicien. Nguyen attribuait d'ailleurs le succès de son film au jeu de Mwanza. En entrevue, hier, le cinéaste l'avait qualifiée de «véritable enfant prodige», ajoutant qu'elle était «l'actrice la plus talentueuse avec qui (il avait) eu l'occasion de travailler. Il louait notamment son instinct incroyable».

Le prix oecuménique vise à récompenser les cinéastes qui a su raconter une histoire en accord avec l'esprit des Évangiles ou sensibiliser les spectateurs à des valeurs spirituels, humaines et sociale.

Le film de Nguyen avait bien été accueilli par les festivaliers. En entrevue, hier, le cinéaste s'était dit aussi content d'avoir entendu des éclats de rire durant la projection que d'avoir vu bien des yeux rougis à la sortie de la salle, signes selon lui que le public berlinois a aimé son quatrième long-métrage. Selon lui, l'audience avait bien réagi et l'ambiance dans la salle était bonne.

Rebelle est le premier film canadien à être présenté en compétition officielle au prestigieux Festival international du film de Berlin depuis Emporte-moi de Léa Pool en 1999.