Cinéma - Ruée vers l'or

Quelques semaines avant la sortie de Trou Story, le documentaire de Richard Desjardins et Robert Monderie sur le chaud dossier des mines, un autre cinéaste se pose, inquiet, sur la question.

Au cinéma de l'ONF, jusqu'au 9 octobre, est présenté La règle d'or, documentaire écrit et réalisé par Nicolas Paquet sur Malartic en Abitibi. La compagnie Osisko, après avoir découvert des filons d'or sous un quartier résidentiel de la ville, a déménagé maisons et habitants, laissant un trou béant à exploiter et des promesses d'emplois. Nouvel eldorado ou mainmise de l'or sur les valeurs humaines et écologiques? 200 familles sont allées vivre dans un quartier plus au nord, après avoir supporté les bruits d'enfer des pilons démolisseurs.

Ce film est le fruit d'une enquête patiente et difficile, car rares sont ceux qui veulent parler. D'ailleurs, les noms des personnes interrogées n'apparaissent pas. Mais l'anonymat est-il envisageable à l'écran? La règle d'or, nourri d'images d'avant et après la destruction du plus vieux quartier de Malartic, nous montre les dissensions des résidants. Comme dit le maire: «C'est difficile pour une ville minière de dire non à une compagnie minière...» À son avis, Malartic eut quand même la chance d'avoir ses filons en terre habitée; forçant la compagnie à payer pour tout chambouler. Mais au fil des témoignages souvent touchants, l'angoisse devient palpable. Certains dénoncent une situation initiée sans permis d'exploitation, sans experts indépendants consultés ni débat sur les mines à ciel ouvert en milieu urbain. Plusieurs citoyens craignent de se mettre à dos un futur employeur en mode monopole. D'autres s'inquiètent des répercussions sur l'environnement, sur la situation des plus défavorisés incapables de payer les nouveaux loyers de la délocalisation. Cette exploitation (9 millions d'onces d'or à extirper) ne fera qu'enrichir la compagnie minière. Celle-ci vise 7 milliards de profits, mais les redevances à la ville ne seront que de 0,03 %. Un climat de suspicion s'est instauré sur un Malartic rebaptisé par certains «Osiskoville».

Ce film vivant nous fait rencontrer autant une représentante de la compagnie qui vante la générosité d'Osisko qu'une propriétaire de binerie qui ferme après anéantissement du quartier, ou un homme qui se prépare, désenchanté à quitter la ville.