L'électrochoc de Shame, de Steve McQueen

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Photo: Agence Reuters Fred Thornhill Michael Fassbender a remporté le prix d’interprétation à Venise pour son rôle dans Shame.

Toronto — Film électrochoc, le meilleur que j'ai vu ici: Shame du Britannique Steve McQueen. Son acteur principal Michael Fassbender a remporté le prix d'interprétation, hautement mérité, à Venise pour ce rôle de dépendant sexuel.

On devait à McQueen le puissant Hunger, avec l'extraordinaire Fassbender déjà à sa proue. Cette fois, ça se déroule à New York et Shame capte une pulsion urbaine saisissante et des scènes crues sans fards.

Et quel personnage! Brandon (Fassbender), à peu près normal au bureau, vit dans un monde clos et vide de pornographie réelle et virtuelle. Quand sa soeur en crise autodestructrice (Carey Mulligan) s'installe chez lui, son profil se fissure. Et le rythme change et l'intensité émotionnelle se déploie sur une musique vibrante.

Steve McQueen, également artiste en art visuel, est un créateur de haut vol et un cinéaste qui ne triche jamais. Shame sera un film phare de notre début de décennie sur la haute filmographie de New York!

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Elles, de la Polonaise Malgoska Szumowska, établie en France, explore la sexualité féminine, mais à côté de Shame, on fait dans le jeu de surface... Juliette Binoche incarne une journaliste enquêtant sur la prostitution de deux jeunes étudiantes à Paris. La dame démarre avec un tas de préjugés, pour mieux les perdre en chemin, car les filles ne se sentent pas victimes et prennent souvent leur pied avec les clients. Quelques situations

ridicules (un type qui chante à la guitare Les Feuilles mortes à son escorte après lui avoir pissé dessus, plus tard un dîner grotesque) gâtent la sauce. Mais Binoche apparaît à son mieux, la caméra se fait souple et belle. C'est bien... et peu finalement.

Adjectif

J'ai rencontré David Cronenberg, sans doute écorché par certaines critiques de son film A Dangerous Method, jugé trop classique. «Je suis devenu un adjectif, me disait-il. D'un côté, ça veut dire que vous avez apporté au cinéma quelque chose d'inédit, mais de l'autre, quand vous ne faites pas ce que les gens considèrent être cronenbergien, ils sont déçus.»