Le virus de la singularité

Photo: Source Warner

Lorsqu'un cinéaste comme Steven Soderbergh (Ocean's Eleven, The Girlfriend Experience) s'engage sur la voie du film catastrophe, il semble adhérer à la formule: une constellation de stars, une multiplication des lieux exotiques, un chaos grandissant ponctué par les nouvelles télévisées, etc. Tout cela se retrouve dans Contagion, l'illustration des ravages d'un virus inconnu et dont la progression évoque les scénarios apocalyptiques autour du fameux H1N1 en 2009. De la ville la plus dense à la campagne la plus bucolique, une toux suspecte, une montée de fièvre ou un visage couvert de sueur représentent une menace aussi effroyable que l'atterrissage de soucoupes volantes au temps de la guerre froide.

Décliné dans une chronologie qui débute habilement au jour 2 de ce bouleversement, Contagion illustre autant les angoisses du scientifique impuissant que celles du simple citoyen démuni en passant par les délires d'un blogueur (Jude Law) dont les commentaires sont qualifiés de «graffitis avec de la ponctuation». Et le tout s'amorce par une simple quinte de toux sur fond noir, celle d'une femme d'affaires (Gywneth Paltrow) de retour d'un voyage à Hong Kong et qui, avant de regagner son foyer à Minneapolis, fait un détour par Chicago pour retrouver son amant. Ses escapades prennent vite une tournure funeste, laissant son conjoint (Matt Damon) dans le deuil (et la perplexité), lié malgré lui au «patient zéro» de cette pandémie. Dès les premiers symptômes, des chercheurs et des médecins tentent l'impossible, font quelques gaffes au passage ou sont kidnappés en échange d'une rançon sous forme de vaccins.

Film catastrophe sous presque toutes ses coutures, Contagion porte toutefois la marque de son auteur, se chargeant de porter sa caméra au plus près du visage des acteurs, ou les captant sous des angles qui feraient frémir de peur bien des producteurs. Mis à part quelques scènes de foule destinées à insuffler un climat de panique, le film se déroule dans des laboratoires aseptisés, des bureaux feutrés et des maisons de plus en plus désordonnées au fur et à mesure que le fameux virus, surnommé MEV-1, s'installe dans les corps et les consciences des personnages.

Ceux-ci forment une impressionnante galerie où aucune figure ne s'impose, si ce n'est celle défendue par Laurence Fishburne, jouant ici la carte zen. D'autres étaient sûrement plus étoffées dans le scénario de Scott Z. Burns, mais plusieurs ne font que passer, dont les rôles incarnés par Marion Cotillard et Elliot Gould. Soderbergh gère toutefois ce trafic de vedettes avec un sens du rythme certain, une conscience constante du vraisemblable (les dialogues sont truffés de considérations médicales souvent escamotées dans ce type de cinéma), le tout baignant dans les séduisantes sonorités électroniques de son fidèle compositeur Cliff Martinez.

Steven Soderbergh réussit-il à contaminer la traditionnelle superproduction apocalyptique? Pas assez pétaradant pour les uns, moins radical dans son approche esthétique que certains de ses meilleurs films (Out of Sight et Traffic n'ont pas encore été égalés), Contagion tente surtout d'allier intelligence, modestie et cauchemar mondialisé. La réussite n'est pas totale, mais la démarche mérite considération.

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Collaborateur du Devoir

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