Cinéma - Faux-semblant révélateur

Le cinéaste iranien Jafar Panahi, dont le procès, l'emprisonnement, la grève de la faim, la condamnation à six ans de prison, l'appel, l'attente et la garde en résidence pour délit d'opinion défraient la chronique à travers le monde depuis un an et demi, s'exprime à la caméra. Rien à voir avec ses grands films comme Le Cercle et Sang et Or. Plutôt une œuvre de contraintes, collée au cinéma maison, mais combien révélatrice, émergeant de son cadre parfois avec un humour inattendu.

Cette vidéo composite avait été expédiée clandestinement et lancée au dernier Festival de Cannes, où elle créa l'événement, en l'absence de ses auteurs, bien entendu.

Panahi, qui n'a pas le droit de parler, de travailler, le fait donc à travers cette pirouette. Ceci n'est pas un film fut créé sous le manteau en utilisant trois bouts de ficelles avec son ami réalisateur Mojtaba Mirtahmasb, après passage au FFM. Pas un film donc, mais comme la pipe de Magritte en représentation de pipe, un faux-semblant.

Il s'agit d'abord d'un journal filmé: une journée dans la vie recluse de Jafar Panahi chez lui en attente de verdict de cour d'appel. Ours en cage? Pas vraiment. Dans son appartement, il vit, mange, lit, converse au téléphone avec son avocate, reçoit. Il lit aussi le scénario de son prochain film, une histoire de jeune fille que ses parents empêchent d'étudier et qui l'enferment dans une pièce dont il dessine les contours: exposant à travers ce texte destiné au couperet de la censure, ses convictions politiques.

Ceci n'est pas un film trouve son envol. Car en montrant et en commentant des extraits de ses films, il exprime aussi sa vision du cinéma. De plus, certaines scènes, d'un comique absurde et parfois inquiétant, alors que les feux d'artifice de la Fête du feu désormais illégale en Iran crépitent, portent bien la griffe du Panahi qui joue entre vérités et impostures. Ses démêlés avec le calamiteux chien de la voisine rejeté par tous et sa rencontre avec un étrange voisin trop curieux dans l'ascenseur de l'immeuble — un Gardien de la Révolution? Un personnage fictif? — viennent brouiller les cartes et il s'en tire sur un pied de nez. Prouvant que Ceci n'est pas un film en est bel et bien un au bout du compte.

Signalons en terminant que Ceci n'est pas un film s'inscrit dans une mini rétrospective présentée au Cinéma du Parc en appui à Panahi. Belle occasion de revoir ses oeuvres comme Le Ballon blanc, The Mirror, The Circle, Sang et Or et Hors jeu, toutes primées dans les grands festivals.

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