Émouvant et instructif documentaire

La caméra suit cinq adolescentes et leurs parents lors d’un voyage en Chine, en quête des origines.<br />
Photo: Nicole Giguère / ONF La caméra suit cinq adolescentes et leurs parents lors d’un voyage en Chine, en quête des origines.

En 2003, on avait apprécié le documentaire de Nicole Giguère Alice au pays des gros nez. Il jetait un regard nouveau sur un phénomène en expansion: l'adoption de bébés chinois (des filles bien entendu), le Québec étant l'endroit au monde où il s'adopte au prorata le plus d'enfants chinois. La cinéaste elle-même a trouvé là-bas sa petite Alice. Le film retraçait l'aventure de huit familles aux profils disparates, avec témoignages des parents adoptifs, aux rêves et aux inquiétudes pour leur progéniture venue d'ailleurs.

On me prend pour une Chinoise est la suite du premier documentaire. Une suite que l'on ne s'imaginait pas aussi douloureuse huit ans plus tôt. Devenues adolescentes ou jeunes adultes, cinq de ces filles: Julia, Flavie, Léa, Anne et Alice n'ont pas la vie si facile. Et c'est toute la force de cet émouvant et instructif documentaire, que d'aborder de front les contrecoups de l'adoption internationale en donnant la parole aux principales intéressées, ces filles aux yeux bridés et à l'accent québécois, qui conservent des séquelles de leur abandon.

Reconnaissantes d'avoir été tirées de leur orphelinat par leurs nouveaux parents, mais en quête d'identité, certaines dépressives, ou rongées par la dépendance à la drogue, l'une anorexique, l'autre aux prises avec un problème d'inattention scolaire, plusieurs s'interrogeant sur les circonstances de leur abandon. Mais apprendre qu'on a été laissée dans un centre commercial ou à la porte de l'orphelinat ne procure pas nécessairement le bonheur. En Chine, les parents naturels n'ont pas à s'identifier. Des mystères planent.

Une d'entre elles refuse fermement de penser à cette mère qui n'a pas voulu la garder. Une autre ne choisit ses amis que dans les rangs des immigrés, revendiquant ainsi sa différence.

La caméra suit ces cinq adolescentes et leurs parents lors d'un voyage en Chine, en quête des origines, mais plusieurs d'entre elles n'y trouvent guère leurs repères, regardant les bébés dans ce même orphelinat qui fut leur berceau, s'inquiétant d'un manque de nounous autour d'eux.

Elles sont Québécoises, se revendiquent comme telles, même si leur physique leur vaut un lot de questions de la part des autres. Le film explore la vie de ces jeunes filles qui abordent leur sexualité, leur rapport au monde. Et par delà les difficultés liées à leur passé d'adoptées, c'est l'adolescence elle-même, ce difficile passage dont nul ne sort indemne, qui montre ses fragilités et ses espoirs, qu'on les prenne ou pas pour des Chinoises.

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Documentaire présenté au Cinéma ONF du 7 au 11 septembre, suivi d'un échange avec la réalisatrice et des intervenants en adoption internationale.