De Tintin jusqu'à Lisbeth

Martin Bilodeau Collaboration spéciale
Scène de Restless, de Gus Van Sant
Photo: Source Métropole Films Scène de Restless, de Gus Van Sant

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée culturelle 2011

Septembre

La bousculade des grands crus semble si marquée cette année que le mois habituellement tranquille, septembre, démarre en lion. D'abord avec Contagion (9), le nouveau thriller de Steven Soderbergh sur une pandémie planétaire avec Matt Damon et Marion Cotillard en proue. Puis avec Drive (16), prix de la mise en scène à Cannes pour Nicolas Winding Refn, avec Ryan Gosling en cascadeur de jour, chauffeur de malfaiteurs le soir, aux prises avec des tueurs à ses trousses, et la chouette Carey Mulligan dans le collimateur sentimental.

Également au programme du mois des vendanges: Straw Dogs (16), remake du classique de Sam Peckinpah par l'inégal mais toujours intriguant Rod Lurie (The Contender, The Castle), avec le nouveau sex-symbol Alexander Skarsgaard (fils de Stellan et vedette de True Blood) en vilain qui s'en prend à un jeune couple de la ville débarqué en plein Deep South. Des doutes sur les promesses de celui-ci? Légitime. Voyez plutôt celui-là: Moneyball (23), du réalisateur de Capote, Bennett Miller, avec Brad Pitt mettant à l'épreuve du baseball une formule mathématique gagnante. La rumeur en dit énormément de bien, ce qui n'est pas le cas du Restless (30) de Gus Van Sant, qu'on verra après maints reports, avec Mia Wasikowska condamnée par le cancer. Ça sort le même jour que 50/50, une autre affaire d'un jeune malade, avec dans le rôle Joseph Gordon-Levitt, chef de file des stars montantes, dans le rôle de l'éprouvé. Après quelques bides, Jim Sheridan (My Left Foot) revient pour sa part à l'avant-plan avec Dream House (30), avec Daniel Craig, Rachel Weisz et Naomi Watts, dans une affaire de maison hantée par le souvenir d'un meurtre qui y a été commis.

Octobre

En octobre, ça se corse. The Ides of March (14), le film le plus attendu de l'automne (exception faite du Fincher) sur les dessous d'une campagne électorale présidentielle, déboule en salles le 14 octobre, pour pimenter le prochain congrès à l'investiture républicaine. George Clooney contre Michele Bachmann? Mon vote n'a rien d'un secret. Et quant à voter, je coche par avance oui sur le bulletin du trop rare réalisateur de Simone et Gattaca Andrew Niccol, dont le In Time (28) nous transporte dans un futur immédiat où la vieillesse et la mort n'existent plus, et où par conséquent on prévient la surpopulation en éliminant les maillons faibles, à savoir les pauvres. Justin Timberlake court pour sa vie et on l'appuie. J'aimerais avoir aussi hâte au remake de Footloose (14); l'original ayant alimenté la bande sonore de mon adolescence, je doute que celui-ci s'adresse à moi. Je penche plutôt pour The Rum Diary (28) de Bruce Robinson, avec Johnny Depp en journaliste à la croisée des chemins, ou encore Take Shelter (28), avec l'excellent Michael Shannon (Revolutionary Road) en proie à des visions apocalyptiques qui lui font douter de sa pro-pre santé mentale.

Novembre

Trois films-événements sont attendus durant le mois des morts. D'une part, J. Edgar (9), racontant la vie du célèbre directeur du FBI J. Edgar Hoover sous la loupe de Clint Eastwood, avec Leonardo Di Caprio dans le rôle-titre. Ensuite, Tinker, Tailor, Soldier, Spy, adaptation par le Suédois Tomas Alfredson (Let the Right One In) du roman de John Le Carré, avec Gary Oldman et Colin Firth. Enfin, le retour de Martin Scorsese et le réveil de son âme d'enfant dans Hugo (23), une fantaisie-spectacle en 3D sur un orphelin en cavale dans le Paris des années 30. Jude Law, Emily Mortimer, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen et même Christopher Lee sont de la fête.

À ceux que ça concerne, novembre verra également la sortie du premier volet du quatrième tome de Twilight, Breaking Dawn (18). Ça s'achèvera donc en deux temps, comme Harry Potter. Comme d'habitude, la Thanksgiving américaine entraîne dans son sillage un chapelet de productions pour toute la famille (Puss in Boots, 4; Happy Feet 2, 18; Arthur Christmas, 23) ou pour ados hormonaux (Tower Heist avec Ben Stiller, 4; Piranhas 3DD, 23). À côté de ça, The Muppets (23), portée par le génie comique de Jason Segal et le charme d'Amy Adams, fait très belle figure. Qui l'eût cru?

Décembre

Pour être tout à fait honnête, je me fous pas mal du deuxième Sherlock Holmes (16) de Guy Ritchie, avec encore Robert Downey Jr et Jude Law. Me fiche encore plus de Mission impossible: Ghost Protocol (16 aussi), parce qu'avec Tom Cruise on ne va jamais très loin. J'attends et j'exige des cadeaux dont le mois de Noël est habituellement généreux. Rappelez-vous qu'on avait l'an dernier accueilli l'hiver avec Black Swan. Espérons qu'un autre causera pareil impact. Je mise gros sur The Descendants (16), d'Alexander Payne (Sideways), avec George Clooney dans le rôle d'un père absent forcé d'être présent auprès de ses enfants durant l'hospitalisation de son épouse. Par contre je mise un petit 2 sur The Iron Lady (16 encore), dans lequel Meryl Streep campe Margaret Thatcher au sommet de son règne. Pourquoi tant de réserve? Le film est réalisé par Phyllida Lloyd, qui a démontré avec Mamma Mia qu'elle ne comprenait rien au cinéma.

À l'inverse d'un Spielberg, qui en plus de son Tintin animé (23) nous offrira pour Noël War Horse (30), une nouvelle preuve de son âme d'enfant retrouvée, après Super 8 (qu'il avait produit) l'été dernier. Le film raconte la relation fusionnelle entre un fils de fermier et son cheval, et la déchirure qui s'est produite lorsque ce dernier a été vendu à la cavalerie et envoyé dans les tranchées durant la guerre 14-18.

Avec The Girl with the Dragon Tattoo (21), dont David Fincher a choisi de ne pas transposer l'action ailleurs qu'en Suède dans le but de préserver son âme, on se dirige vers un Noël de débats: meilleur que le livre, ou que l'adaptation scandinave? J'ai peine à croire qu'avec Daniel Craig en Michael Blomkvist, Rooney Mara en Lisbeth Salander, Stellan Skarsgaard en Martin Vanger et Robin Wright en Erika Berger, David Fincher ait pu faire moins bien. Qui vivra verra.

***

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo