Cinéma international - Tout est politique, enfin presque...

André Lavoie Collaboration spéciale
Scène tirée du film Omar m’a tuer
Photo: Métropole Films Scène tirée du film Omar m’a tuer

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée culturelle 2011

Certains ne peuvent pas le voir en peinture; feront-ils l'effort de l'examiner de plus près au cinéma? Les cinéastes français sont si frileux à l'idée d'écorcher leurs politiciens qu'il ne faudrait pas manquer La Conquête (9 septembre), de Xavier Durringer, illustration du parcours de Nicolas Sarkozy vers la victoire présidentielle, incarné ici par Denis Podalydès.

Est-ce que cette sortie annonce un automne politique dans nos salles? Certains titres sélectionnés par les distributeurs peuvent le laisser croire, et on aurait tort de s'en plaindre, ne serait-ce que pour contrer (un peu) le cynisme ambiant. Par exemple, l'acteur Roschdy Zem revient une seconde fois derrière la caméra, traitant des thèmes délicats du racisme et de la difficile intégration des immigrants maghrébins en France dans Omar m'a tuer (sic) (23 septembre), s'appuyant sur un scénario de Rachid Bouchared, jamais consensuel devant ces questions. De son côté, Pierre Schöller se balade dans les corridors feutrés du pouvoir français avec L'Exercice de l'État (date à déterminer), donnant à Olivier Gourmet le titre de ministre, mais un ministre qui se retrouve vite dans l'eau chaude, très chaude.

L'endettement des ménages, c'est tout aussi politique, mais il faut compter sur Philippe Lioret pour traiter du sujet avec sensibilité. Ce n'est d'ailleurs qu'un des thèmes de Toutes nos envies, une adaptation d'un roman d'Emmanuel Carrère mettant en vedette Marie Gillain et Vincent Lindon, lui qui avait fait merveille dans son film précédent, Welcome. Autre cinéaste capable de magnifier les petits problèmes des petites gens pour en faire de vrais héros de cinéma, Robert Guédiguian revient à plus de modestie dans Les Neiges du Kilimandjaro (9 décembre). Il avait cédé aux sirènes de la superproduction historique avec L'Armée du crime, et personne ne se plaindra de le voir revenir au bercail, à Marseille, entouré de sa joyeuse famille d'acteurs (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan).

Cédric Klaspich n'a plus tout à fait la dégaine du cinéaste engagé, celle de l'époque du Péril jeune, mais ça ne l'empêche pas de s'inspirer de l'actualité économique. Dans Ma part du gâteau (11 novembre), c'est le bel euphémisme «délocalisation d'entreprises» qui va forcer la rencontre de deux êtres, incarnés par Gilles Lellouche et Karin Viard, qui n'ont strictement rien en commun, à commencer par les dimensions de leurs comptes en banque. Le destin jouera aussi des tours à Carole Bouquet dans Impardonnables (date à déterminer), le dernier film d'André Téchiné, basé sur un roman de Philippe Dijan, tourné au milieu des splendeurs de Venise. Mais celles-ci s'éclipsent pour laisser place à une liaison dangereuse où le sombre maître du jeu prend les traits d'André Dussollier. Comptons sur Téchiné pour que personne n'en sorte indemne...

Audaces et fantaisies

Pour ceux qui préfèrent plus de légèreté, il ne faut pas rater les pirouettes du séduisant Jean Dujardin, celui qui a su conquérir Cannes ce printemps dans The Artist (23 novembre), retrouvant le grand manitou des OSS 117, Michel Hazanavicius. Cette aventure au temps du muet déborde d'élégance et d'inventivité, coup de chapeau bien senti à Chaplin, Keaton et cie. De l'élégance, à défaut d'inventivité, on en verra aussi dans Flamenco, flamenco, du cinéaste espagnol Carlos Saura, une autre fantaisie chorégraphique et musicale mise en lumière par l'unique Vittorio Storaro.

Le plaisir s'avère aussi assuré avec le craquant Emmanuel Mouret et la délicieuse Frédérique Bel, tandem d'exception dans les films de ce Woody Allen français. Mouret, érudit mais jamais prétentieux, visite cette fois l'oeuvre du poète latin Ovide dans L'Art d'aimer (date à déterminer), se faisant plus discret en demeurant derrière la caméra. Mais sa griffe inimitable se fait sentir à chaque plan et les sourires seront aussi nombreux que dans Un baiser s'il vous plaît ou Fais-moi plaisir!.

Pour plus d'audace, c'est vers Lars von Trier qu'il faut se tourner, même si certaines de ses déclarations passées (sur le nazisme, à Cannes) en feront fuir quelques-uns. Enfant terrible de la planète cinéma, il en fait surgir une nouvelle dans le ciel de Melancholia (11 novembre), phénomène étrange qui perturbe les invités d'un mariage. Avec Charlotte Rampling, Charlotte Gainsbourg et la vedette de la série 24 heures chrono, nul autre que Kiefer Sutherland.

Roman Polanski a sûrement eu vent de la petite tempête cannoise provoquée par Lars von Trier, mais il n'est jamais non plus très loin de la polémique. Sachant que le cinéaste est un grand amateur de huis clos étouffants, personne ne sera surpris d'apprendre qu'il a porté à l'écran la pièce redoutablement efficace de Yasmina Reza Le Dieu du carnage (2 décembre). Sa relecture cinématographique de ce brillant affrontement entre deux couples bourgeois réunis à la suite d'une banale chicane d'écoliers promet bien des étincelles; Jodie Foster, Kate Winslet, John C. Reilly et Christoph Waltz s'y connaissent en feux d'artifice.

D'autres grandes pointures du cinéma international viendront colorer notre automne, et on ne peut que se réjouir du retour des frères Dardenne ou de Pedro Almodóvar. Ils ne signent pas ici leur plus grand film, mais comment se priver du bonheur cinéphilique qu'ils nous procurent à tout coup. On ne voudra donc pas manquer Le Gamin au vélo (18 novembre), des retrouvailles avec Jérémie Renier, un fidèle des Dardenne depuis La Promesse, et avec la présence surprenante d'une autre actrice belge menant une solide carrière, Cécile de France. Saura-t-elle se fondre, s'effacer, dans leur monde toujours loin du glamour, au plus près du réel?

D'autres retrouvailles sont à prévoir, qui suscitent beaucoup de curiosité. Antonio Banderas participait lui aussi aux premiers pas d'Almodóvar sur la scène internationale (La Loi du désir), mais leurs ego surdimensionnés ont provoqué la rupture. En rangeant les vieilles rancoeurs, The Skin I Live In (4 novembre) a pu voir le jour, et on a bien hâte de retrouver les intrigues brillamment tordues du réalisateur de La Mauvaise Éducation et de Parle avec elle. De quoi rendre chaud l'automne le plus frisquet.

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Collaborateur du Devoir

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