Cinéma - Micheline Lanctôt, une femme et des dieux

François Lévesque Collaboration spéciale
Micheline Lanctôt, réalisatrice de Pour l’amour de Dieu
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Micheline Lanctôt, réalisatrice de Pour l’amour de Dieu

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée culturelle 2011

L'actrice, scénariste et cinéaste Micheline Lanctôt affirme tourner pour apprendre à faire du cinéma. Pour l'amour de Dieu, son plus récent film, la ramène à l'époque où elle s'instruisait sur les bancs de l'école catholique.

Montréal, 1959. Debout près de son pupitre, Léonie, 11 ans, fixe le jeune frère dominicain qui est venu leur rendre visite. Si l'émoi manifeste de la fillette est remarqué par le spectateur, il échappe en revanche à soeur Cécile, son enseignante. Et pour cause: la belle religieuse arbore la même expression que sa pupille. «J'ai mis des années à comprendre que j'avais vécu un coup de foudre», confie Micheline Lanctôt en entrevue au Devoir. Car l'intrigue de Pour l'amour de Dieu est née d'un souvenir de jeunesse de la réalisatrice et comédienne, qui a brodé à partir de celui-ci une histoire de triangle amoureux sur fond de remise en question spirituelle. Une confession incriminante de l'enfant agit plus tard comme élément perturbateur. Rencontrée à l'occasion de la sortie de son nouveau film, notre sainte Bernadette à nous s'est pointée au café Méliès avec son regard bleu perçant, son intelligence... et son chien bien aimé, un gros toutou docile et affectueux.

Il émane de cette oeuvre très personnelle un respect infini, voire un amour, à l'égard de ceux et celles qui portent l'habit religieux. Micheline Lanctôt a pourtant tourné le dos à l'Église dès l'adolescence... «Ce sont les dogmes, que je rejette. Les religieuses étaient des féministes avant la lettre, assure-t-elle. Elles préparaient les femmes pour l'université.»

Sur le plan visuel, il se dégage du film un dénuement, une austérité qui sied parfaitement au sujet. «Je disposais d'un petit budget, mais surtout, de très peu de temps de tournage: 25 jours au total. Cette épure était donc nécessaire, mais complètement assumée.» Paradoxalement, Pour l'amour de Dieu met en avant la réalisation la plus achevée de Micheline Lanctôt à ce jour. «J'essaie d'éviter toute répétition de plan. Le champ-contrechamp, ça me tue. Je trouve que la nouveauté visuelle constante nourrit le désir de s'aventurer plus avant dans le film.»

Fascinée par le langage cinématographique, elle tourne pour apprendre à faire du cinéma, en un apprentissage permanent. «J'ai un esprit scientifique, mais je suis attirée par l'intangible; et pour moi, il y a quelque chose qui relève de cela dans le langage cinématographique. Parfois, une impression très vive que personne n'aurait pu prévoir va naître de la juxtaposition de deux images. Pourquoi? C'est ce genre de questions qui me pousse à réaliser même si c'est très difficile de mener un projet à terme.»

Plaidoyer implicite en faveur de l'union au sein du sacerdoce, Pour l'amour de Dieu brasse des thèmes porteurs, comme la foi, le pardon et la nécessité d'une spiritualité renouvelée. À ce chapitre, Micheline Lanctôt se dit ravie du succès récent du film Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois, un auteur qu'elle admire et avec qui elle se sent de grandes affinités. Ce succès, en même temps, ne la surprend guère. «On ne peut pas acheter des frigidaires indéfiniment. Le matérialisme a ses limites», argue-t-elle avant de faire une pause, pensive. «Je suis une passionnée de physique quantique, vous savez. Récemment, il a été démontré que la matière noire, ou dark matter, n'existe pas dans l'univers. Il n'y a rien. Essayez de concevoir ça, "rien". C'est impossible. On a besoin de croire qu'il y a quelque chose autour de soi. On a besoin de Dieu, quel qu'Il soit.» Pour l'amour de Dieu prend l'affiche vendredi prochain.

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Collaborateur du Devoir

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