Cinéma - Ne craignez rien

François Lévesque Collaboration spéciale
Une scène du film N’aie pas peur du noir
Photo: Source Alliance Une scène du film N’aie pas peur du noir

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée culturelle 2011

Renvoyée par une mère qui ne sait plus trop quoi en faire, Sally, neuf ans, porte toute la tristesse du monde dans ses grands yeux noirs. Contrainte de s'installer dans le vieux manoir que son père, un architecte, entend restaurer, la fillette doit non seulement composer avec un nouveau décor, mais également avec une nouvelle belle-mère. La nuit venue, des voix murmurent son nom... Sally aurait-elle enfin trouvé des compagnons de jeu? Dans un conduit ténébreux creusé dans la cave condamnée de la vieille demeure, de petites créatures guettent, patients prédateurs.

Inspirée d'un téléfilm de 1973, l'intrigue «revampée» de Don't Be Afraid of the Dark prend maintes libertés par rapport à un modèle d'antan dont la simplicité faisait l'efficacité. Guillermo Del Toro, qui se contente ici de coproduire et de coscénariser, a intégré au scénario plusieurs de ses motifs de prédilection, notamment en plaçant une enfant au centre de l'action. On ne s'étonne cependant pas qu'il ait ultimement choisi de passer la main puisqu'en la matière, il a déjà atteint des sommets (Cronos, L'Échine du diable, Le Labyrinthe de Pan).

Inutilement complexifiée, la trame narrative s'étire tant et si bien qu'elle finit par exhiber le très gros fil blanc qui la tient. Car si les personnages ont gagné en substance, leurs actions apparaissent souvent invraisemblables et leurs profils psychologiques, pas toujours clairs. La manière qu'a le père de Sally de l'ignorer et de placer ses propres intérêts en premier pour soudainement la croire en la traitant comme la prunelle de ses yeux en constitue un bon exemple.

Dans les circonstances, les interprètes sont irréprochables, surtout Katie Holmes en belle-mère pleine d'empathie, un renversement intéressant de la figure maléfique associée aux contes. L'ensemble est du reste fort joliment photographié par Oliver Stapleton (Restoration, Casanova), qui crée une atmosphère lugubre appropriée, quoiqu'attendue.

Quelques sursauts se produisent, mais la grande frousse n'est pas au rendez-vous malgré des bestioles convaincantes. À la barre de son premier long métrage, le Canadien Troy Nixey gère la tension de façon segmentaire, une séquence à la fois, et néglige de mettre en place un crescendo dramatique global. La pertinence du titre, une mise en garde sinistre, s'en trouve du coup invalidée.

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Collaborateur du Devoir



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